RDC : le retour annoncé de l'opposant Moïse Katumbi pourrait redistribuer les cartes politiques

L\'opposant congolais Moïse Katumbi au cours d\'une conférence de presse le 12 septembre 2018, à Bruxelles.
L'opposant congolais Moïse Katumbi au cours d'une conférence de presse le 12 septembre 2018, à Bruxelles. (Photo AFP/THIERRY ROGE / BELGA MAG)

"C’est définitif, le 20 mai, je suis à Lubumbashi". C’est par ces mots que l’opposant congolais a annoncé la fin imminente de son exil forcé. Il rentre au pays avec la volonté de bâtir une opposition républicaine.

C’est un homme politique pragmatique qui s’apprête à fouler le sol de son pays qu’il a quitté il y a trois ans pour un exil forcé en Afrique du Sud, puis en Belgique. Dans un entretien accordé le 6 mai à nos confrères de RFI et de France 24, il a refusé de s’associer à ses camarades de l’opposition qui refusent toujours de reconnaître le nouveau président élu Félix Tshisekedi. Pour lui, le climat politique semble s’être apaisé depuis l’investiture du nouveau président le 24 janvier.

"Il y a des choses positives que Félix Tshisekedi est en train de faire. Par exemple, la liberté d’expression dans notre pays, la libération de prisonniers politiques et aussi supprimer les cachots de l’Agence nationale de renseignements, où des gens sont restés pendant dix ans. Il y a de bonnes choses de ce côté-là", se félicite-t-il.

"Je n’ai pas négocié mon retour d’exil avec le pouvoir"

La presse congolaise, qui dresse le bilan des 100 jours du nouveau président, fait le même constat. Elle rappelle que la justice congolaise a annulé la condamnation à trois ans de prison de l’opposant Moïse Katumbi, puis abandonné des poursuites à l’encontre de ses gardes du corps, dans une affaire de recrutement présumé de mercenaires. Sans aucune négociation avec le nouveau pouvoir, affirme Moïse Katumbi qui dispose à nouveau de son passeport congolais. "Aujourd’hui, la justice peut dire le droit, parce qu’il n’y a plus d’interférence de la politique dans notre justice. Je savais que j’étais innocent et que mes procès étaient des mascarades."

Moïse Katumbi redoute-il un mauvais coup à son retour au pays ? La sécurité, c’est la Nation congolaise, assure celui qui se réclame toujours de l’opposition. Mais il aspire désormais à s’opposer de façon républicaine. On doit aller de l’avant. La reconstruction de notre pays, c’est le plus important, insiste-t-il.

Une nouvelle posture sur la scène politique congolaise

Moïse Katumbi adopte désormais une nouvelle posture sur la scène politique congolaise. Il se démarque résolument de l’opposition radicale pratiquée par Martin Fayulu, son allié et candidat malheureux à la présidentielle du 24 janvier, qui appelle à la démission du président Tshisekedi.

"Pour moi, je suis un homme pragmatique, je ne voudrais pas entrer dans des débats qui pourront un jour ramener le mal dans notre pays. Le plus important aujourd’hui, c’est la cohésion nationale du Congo, l'unité de notre pays", a-t-il confié à RFI.

De nouvelles alliances politiques en perspective

Faut-il s’attendre à l’éclatement de la plateforme de l’opposition qui réunit les principales figures de l’opposition congolaise ? C’est la question que tous les observateurs se posent. On peut en tout cas s’attendre à des changements d’alliances politiques dans les semaines et les mois à venir. Et pourquoi pas un rapprochement entre Moïse Katumbi et le président Félix Tshisekedi qui a du mal à asseoir son pouvoir face à la coalition omniprésente de Joseph Kabila.

Moïse Katumbi a annoncé que dès son retour, il entreprendra une tournée à travers le pays. Il veut mettre en place un grand parti politique qui sera sans doute engagé dans la course à la prochaine présidentielle prévue dans cinq ans.

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