RDC: l'opposition renonce à un candidat unique pour contrer le dauphin de Kabila

Martin Fayulu, 62 ans le 21 novembre 2018, a été pendant quelques heures le candidat surprise et unique choisi pour représenter l\'opposition à la présidentielle du 23 décembre en RDC.
Martin Fayulu, 62 ans le 21 novembre 2018, a été pendant quelques heures le candidat surprise et unique choisi pour représenter l'opposition à la présidentielle du 23 décembre en RDC. (FABRICE COFFRINI / AFP)

A peine choisi à Genève le 11 novembre 2018, le candidat unique de l'opposition à la présidentielle du 23 décembre, n'était plus qu'une chimère le lendemain. L'accord surprise des sept ténors sur le nom de Martin Fayulu, 62 ans, peu connu du grand public, a fortement déplu à leur base restée à Kinshasa. Deux présidents de parti, Félix Tshisekedi (UDPS) et Vital Kamerhe (UNC), ont rompu l'accord.


Felix Tshisekedi, leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), la plus importante formation de l'opposition en RDC, et Vital Kamerhe, dirigeant de l'Union nationale des combattants (UNC), ont tous les deux cédé à la pression de leurs militants qui, aussitôt annoncé le choix de Martin Fayulu, ont défilé dans Kinshasa pour protester.

Avant l'accord de Genève signé à huis clos, MM. Tshisekedi et Kamerhe avaient été investis candidats à l'élection présidentielle par le congrès de leur parti respectif.

Tshisekedi le plus populaire
Félix Tshisekedi, fils du fondateur de l'UDPS Etienne Tshisekedi, passait même pour favori dans la course à la candidature unique de l'opposition, devant Vital Kamerhe. Un sondage le présentait comme le candidat de l'opposition le plus populaire.

La famille Tshisekedi, issue de l'ethnie Luba, est particulièrement présente dans le Kasaï (centre), avec des communautés importantes dans la capitale Kinshasa et dans la région minière du Katanga à l'est, également un bastion de l'actuel pouvoir.
 
Au contraire, Martin Fayulu, homme d'affaires et ex-député, désigné candidat unique à la surprise générale à Genève manque d'assise dans le pays, selon les deux partis pré-cités, en dehors de sa province du Bandudu (centre-ouest).

Martin Fayulu renvoyé à l'anonymat
En quelques heures, M. Fayulu est en quelque sorte devenu inutile, lui qui avait pour mission de défendre les chances de l'alternance face à l'ex-ministre de l'Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, le pâle candidat du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis près de 18 ans.

Le secrétaire général de l'UDPS Jean-Marc Kabund a vu dans toute cette histoire un «affront» pour son parti, lequel ne doit en aucun cas «se désengager» au profit d'un «candidat impopulaire».
 

«On n'a pas fait 36 ans de lutte pour chercher un candidat commun, mais pour chercher une alternance, conquérir le pouvoir», résume un militant pour décrire l'état d'esprit de l'UDPS.

La désunion de l'opposition, mauvais signal pour les électeurs
Si le scrutin a lieu comme prévu le 23 décembre, il s'agira de la première transition pacifique du pouvoir depuis l'indépendance de l'ancien Zaïre en 1960. L'UDPS a fait savoir qu'elle est prête à aller aux élections «avec ou sans» la machine à voter. Une machine, fabriquée en Corée du Sud et baptisée par beaucoup «machine à voler», devenue le centre d'un débat explosif à travers le pays.
 
Dans un sondage diffusé en juillet 2018, les électeurs congolais se disaient à 70% favorables aux dirigeants de l'opposition mais cette dernière, jusqu'ici divisée, n'a jamais encore su profiter du ressentiment à l'encontre du pouvoir en place, qui peut de son côté compter sur d'importants avantages financiers et institutionnels. 
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