Présidentielle en Guinée-Bissau : la population espère tourner la page d'une crise politique qui perdure

Des supporters du Mouvement pour l’alternance démocratique en campagne à Bissau lors des législatives de mars 2019.
Des supporters du Mouvement pour l’alternance démocratique en campagne à Bissau lors des législatives de mars 2019. (SEYLLOU / AFP)

Les électeurs bissau-guinéens qui se rendent aux urnes dimanche 24 novembre 2019 sont tiraillés entre l’espoir de tourner la page d’une crise politique qui perdure et la crainte de troubles électoraux qui pourraient éclater à tout moment.

"J’ai peur pour le pays, parce que je crains que les gens se battent. Même si un candidat perd, il dit qu’il a gagné. Je crains un nouveau coup d’Etat", redoute un lycéen de 20 ans, interrogé par l’AFP. La peur d’un coup d’Etat est dans tous les esprits dans cette ancienne colonie portugaise qui n’a connu que des crises politiques successives depuis son indépendance en 1974. Quatre coups d’Etat et 16 tentatives de coups de force. Le dernier putsch remonte à 2012.

"Le niveau des hommes politiques est moins que zéro. La démocratie, c’est une forme de culture. La priorité doit être accordée à la préparation intellectuelle des hommes politiques", plaide Pedro Embalo, un consultant rencontré à Bissau par un confrère de l’AFP.

La peur d’un nouveau foyer d’insécurité en Afrique de l’Ouest

L’élection organisée en 2014 avait suscité beaucoup d’espoir dans le pays. L’arrivée au pouvoir du président José Mario Vaz devait marquer le retour à l’ordre constitutionnel et assurer la stabilité politique. Jusque-là, aucun gouvernement ne restait en place au-delà d’une année. Mais les Bissau-Guinéens ont vite déchanté.

Dès la fin du mois d’octobre 2019, le président sortant José Mario Vaz a limogé son Premier ministre, Aristides Gomes, celui-là même qui avait été chargé par la communauté internationale de diriger les affaires courantes jusqu’à l’élection présidentielle. On craint alors l’éclatement d’une guerre civile et un nouveau foyer d’instabilité, dans une région ouest-africaine déjà confrontée aux attaques jihadistes. Sous la menace de sanctions brandies par la communauté internationale, le nouveau Premier ministre désigné, Faustino Imbali, a rapidement démissionné et laissé libre cours au processus électoral.

La corruption est omniprésente

La campagne électorale qui s’achève n'a pas été marquée par des violences. Elle a mis aux prises 12 candidats, dont le président sortant, José Mario Vaz. Elle s’est déroulée sur fond d’accusations de corruption et de trafic de drogue.

"Les places pour le pouvoir sont rares et la bataille est donc tendue", explique Vincent Foucher, chercheur et bon connaisseur de la Guinée Bissau. Dans ce pays, où les deux tiers de ses 1,8 million d’habitants vivent sous le seuil de  pauvreté, les élites accaparent historiquement les richesses et la corruption est endémique.

La corruption est la première cause des problèmes. Il y a de la corruption dans tous les ministèresWazu Sambu, étudiant en gestionà l'AFP

L’enjeu de ce scrutin est la consolidation de l’état de droit et le retour à la stabilité institutionnelle. Les Bissau-Guinéens espèrent que l’armée gardera sa neutralité et que le nouveau président issu de ce scrutin ne sera pas tenté d’amener dans ses bagages "haine, rancoeurs et règlements de comptes". Beaucoup d’hommes politiques se verraient alors obligés de s’exiler pour échapper aux poursuites judiciaires.

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