Pourquoi la candidature de Guillaume Soro à la présidentielle de 2020 en Côte d'Ivoire n'est pas une surprise

L\'ancien président de l\'Assemblée nationale de Côte d\'Ivoire, Guillaume Soro, le 15 février 2019 à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, lors du lancement de son mouvement, le \"Comité politique\". 
L'ancien président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, Guillaume Soro, le 15 février 2019 à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, lors du lancement de son mouvement, le "Comité politique".  (ISSOUF SANOGO / AFP)

Les ambitions présidentielles de Guillaume Soro se sont précisées, après sa démission forcée du perchoir en février 2019.

Guillaume Soro, l'ancien président de l'Assemblée nationale et actuel député de Ferkéssédougou (ville du nord de la Côte d'Ivoire), est le premier candidat d'envergure à s'être déclaré à la présidentielle de 2020 en Côte d'Ivoire, un nouveau test politique pour le pays. Il l'a annoncé de Valence, en Espagne, lors d'une "crush party" (réunion de sympatisants que l'homme politique surnomme les "crusheurs" et "crusheuses" sur les réseaux sociaux), un meeting retransmis sur sa page Facebook, le 12 octobre 2019.

Depuis des mois, Guillaume Soro pose les jalons de cette déclaration officielle. Retour sur son agenda politique et la tentative d'arrestation pour laquelle il a porté plainte le 16 octobre 2019 et qui semble renforcer sa détermination. 

Une démission  

"A cet instant précis, je rends ma démission", a annoncé Guillaume Soro, le 8 février 2019. "Refuser de démissionner conduirait à une crise institutionnelle. On ne peut risquer de mettre en péril la paix fragile (...) pour conserver un poste", a-t-il ajouté. L'ancien chef de la rébellion ivoirienne a été poussé à la démission par le président Alassane Ouattara, après avoir refusé de participer à la mutation fin janvier 2019 de la coalition au pouvoir, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), en un grand parti unifié.

Des formations politiques pro-Soro 

Au lendemain du lancement d'un mouvement baptisé Comité politique par Guillaume Soro, un nouveau parti voit le jour le 16 février 2019. Le Rassemblement pour la Côte d'Ivoire (Raci) se fixe pour objectif de "promouvoir la candidature de Guillaume Soro à la prochaine élection présidentielle". Quelques semaines plus tard, l'Alliance pour le changement (APC), un ex-mouvement de jeunesse pro-Ouattara, se constitue le 2 mars 2019 en formation politique dans l'optique de soutenir les ambitions présidentielles de Soro.

"On va se présenter en 2020, a déclaré le 12 octobre 2019 le député de Ferkéssédougou. Il y a des partis politiques qui sont pro-Soro, qui m’ont déjà choisi pour être leur candidat (..) Je serai candidat." Guillaume Soro a aussi donné un aperçu de sa future stratégie électorale. "On va tous aller au premier tour (et) au second tour, celui qui est bien placé, les autres vont le soutenir."

Cette rencontre espagnole avec ses partisans a été également l'occasion de lancer "un mouvement citoyen", appelé Génération et peuples solidaires (GPS), regroupant "tous les partis politiques, tous les mouvements soroïstes en un". "Nous allons nous mettre en ordre de bataille dans la solidarité", a-t-il ajouté en indiquant qu'il dévoilerait son programme politique en "janvier" 2020. 

A 47 ans, Guillaume Soro espère devenir président au même âge que l'Américain Barack Obama. "On n'a qu'à faire vite les élections, je vais être président et puis c'est fini !", a-t-il confié sur un ton familier à ses sympathisants. 

Un sympathisant de l'alliance anti-Ouattara

Des représentants de Guillaume Soro ont assisté au premier meeting commun, organisé le 14 septembre 2019 par les deux principaux partis d'opposition en Côte d'Ivoire, le Front populaire ivoirien (FPI), de l'ex-président Laurent Gbagbo, et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dirigé par l'ex-président Henri Konan Bédié.

La rencontre, possible préfiguration d'une alliance électorale en vue de la présidentielle d'octobre 2020, a été placée sous le signe de la "réconciliation nationale". Un leitmotiv qui est également celui de l'ancien chef rebelle qui a demandé "pardon aux Ivoiriens", notamment en 2017, "pour tout ce (qu'il a) pu faire à ce peuple qui a tant souffert". Guillaume Soro a multiplié ces derniers mois les déplacements à l'intérieur de la Côte d'Ivoire et les rencontres avec la diaspora. 

"Une tentative d'interpellation"

Quelques jours après l'annonce de sa candidature et comme il l'avait alors indiqué, Guillaume Soro a porté plainte le 16 octobre à la suite de la tentative d'arrestation à Barcelone (Espagne), dont il dit avoir été l'objet le "8 octobre 2019" entre "3 et 4 heures du matin", a-t-il précisé devant ses partisans.

"Mais pourquoi tant de haine ?", s'était-il interrogé le 12 octobre en évoquant l'incident. "Simplement parce que je ne veux pas militer au RHDP (formation politique pro-Ouattara, NDLR) ? C'est tout ? N'avons-nous pas le droit de militer dans le parti qu'on souhaite ?", a ajouté Guillaume Soro qui a été deux fois ministre et deux fois Premier ministre de son pays"D'ordinaire, les pays se battent pour aller chercher leurs ressortissants en difficulté dans d'autres pays (...) Dans mon cas, c'est mon pays qui se bat pour que tous les pays m'arrêtent".

Les autorités ivoiriennes ont publié un démenti. "Le gouvernement ivoirien n'est en aucune manière impliqué dans cette tentative d'interpellation", indique un communiqué du ministère ivoirien des Affaires étrangères daté du 15 octobre 2019.

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