Nigeria : le mouvement islamique du chef chiite Zakzaky interdit

Des membres du Mouvement islamique au Nigeria prennent part à une manifestation contre la détention de leur dirigeant Ibrahim Zakzaky à Abuja le 22 janvier 2019.
Des membres du Mouvement islamique au Nigeria prennent part à une manifestation contre la détention de leur dirigeant Ibrahim Zakzaky à Abuja le 22 janvier 2019. (SODIQ ADELAKUN / AFP)

La présidence nigériane a annoncé l’interdiction du Mouvement islamique du Nigeria, une formation chiite radicale, à la suite de plusieurs manifestations meurtrières dans la capitale Abuja pour faire libérer son chef Ibrahim Zakzaky.

"Le gouvernement devait agir avant que la situation ne soit hors de contrôle, après avoir averti à de nombreuses reprises que les gens ne devaient pas se servir de la religion pour ne pas respecter les lois". C’est ainsi que la présidence nigériane a justifié l'annonce le 28 juillet 2019 de l’interdiction du mouvement radicale chiite connu sous le nom de Mouvement islamique du Nigeria (IMN).

L'IMN qualifié de mouvement terroriste

La veille, un tribunal d’Abuja avait ouvert la voie en autorisant le gouvernement à interdire cette formation pour terrorisme et activités illégales. La décision a donc été prise, après les manifestations organisées par l’IMN dans la capitale Abuja pour réclamer la libération de leur leader Ibrahim Zakzaky détenu depuis décembre 2015. Il avait été arrêté après des violences pendant une procession religieuse. L'armée avait tiré, faisant plus de 350 morts, pour la plupart des chiites non armés, selon des organisations de défense des droits de l'Homme.

Au moins six manifestants, un journaliste et un policier ont été tués dans des violences lors d'une marche le 23 juillet. Le lendemain la police a empêché de nouveaux regroupements de se former en faisant usage de gaz lacrymogène et en tirant des coups de sommation en l’air. "L'interdiction du Mouvement islamique du Nigeria n'est pas l'interdiction aux nombreux chiites pacifiques et respectueux de la loi dans le pays de pratiquer leur religion", précise la présidence dans son communiqué. Elle "vise à décourager la violence gratuite, le meurtre et la destruction volontaire de biens publics et privés".

Le pouvoir nigérian estime en effet que "des extrémistes, qui ne croient pas aux manifestations pacifiques et utilisent au contraire la violence et les incendies criminels, ont pris le contrôle" de l'IMN, "semant la peur et sapant les droits des autres ainsi que des autorités constituées".

"Un développement dangereux"

Précédent l’annonce de l’interdiction, un haut responsable de l’IMN, Yahiya Dahitu, avait condamné la décision du tribunal d’Abuja la qualifiant de "développement dangereux""Vous ne pouvez jamais stopper une idéologie, vous ne pouvez jamais stopper une idée, vous ne pouvez jamais stopper notre religion", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse, soulignant que les manifestations ne cesseraient pas tant que Zakzaky ne serait pas libéré.

Ces derniers mois, des violences ont éclaté à plusieurs reprises lors des marches quasi quotidiennes de l'IMN dans la capitale, alors que l'état de santé de Zakzaky soulève de plus en plus d'inquiétude. Zakzaky et sa femme Zeenah Ibrahim sont toujours en détention bien qu'un tribunal fédéral ait ordonné en 2016 leur remise en liberté. Le gouvernement l'a refusé et a lancé de nouvelles poursuites pénales, notamment pour homicide volontaire, un crime susceptible d'être sanctionné par la peine de mort.

Son mouvement, apparu comme un mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire inspiré par la révolution islamique en Iran, est aujourd'hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigeria, où l'élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l'Arabie saoudite.

Fin octobre 2018, des partisans de l'IMN avaient manifesté en masse à Abuja et la répression violente de la manifestation avait fait 47 morts, selon l'IMN et les observateurs, six selon les autorités. La police nigériane avait récemment promis de réprimer les "manifestations violentes" du mouvement et une forte présence des forces de sécurité était visible dans la capitale.

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