Mozambique : des taxes en hausse pour «faire la chasse aux journalistes»

Des journalistes couvrent la visite du président sud-africain à Maputo, le 20 mai 2015.
Des journalistes couvrent la visite du président sud-africain à Maputo, le 20 mai 2015. (CHINE NOUVELLE/SIPA)

Le gouvernement mozambicain est accusé de restreindre la liberté de la presse après un décret instaurant des tarifs en très forte hausse pour l'enregistrement et l'accréditation des médias locaux et étrangers dans le pays. Géopolis a rencontré un journaliste sud-africain qui a souvent couvert le Mozambique.


La presse mozambicaine se prépare à vivre des jours difficiles. Motif: le gouvernement a récemment instauré des nouveaux tarifs très élevés pour l’accréditation et l’enregistrement de journalistes.

Le nouveau décret du gouvernement est entré en vigueur le 22 juillet 2018, à moins de deux mois des prochaines élections locales. La mesure a été dénoncée par les défenseurs de la liberté de la presse comme «une énorme défaite pour la liberté de la presse et l'accès à l'information au Mozambique». Amnesty International y voit «une tentative évidente de faire la chasse aux journalistes».

Tous les médias, locaux comme internationaux, sont visés par cette nouvelle politique. Un journaliste étranger devra désormais payer 1500 euros pour un reportage, et un correspondant sur place coûtera 7500 euros par an, alors que leur enregistrement était jusque là gratuit. La taxe exigée par les autorités pour enregistrer une chaîne de télévision locale est quant à elle passée à 45.000 euros.

Sanglantes attaques attribuées à des islamistes
Ces nouveaux tarifs imposés à la presse sont une tentative pour le gouvernement de contrôler son image en vue des élections prévues le 10 octobre, a expliqué à Géopolis Jean-Jacques Cornish, un journaliste indépendant sud-africain basé à Pretoria, 

Cette mesure intervient également alors que l'extrême nord du pays est le théâtre de sanglantes attaques attribuées à un groupe islamiste, indique l’AFP.

Plutôt que de viser les journalistes «parachutés» par des médias internationaux, le gouvernement tente surtout de limiter la liberté des journalistes indépendants susceptibles de faire des reportages critiques sur la situation dans le pays, estime Jean-Jacques Cornish.

«Pour moi, en tant que freelance, des frais d’accréditation m’auraient empêché de couvrir le Mozambique», explique-t-il. Premier journaliste sud-africain à entrer dans le pays au lendemain de la guerre civile en 1976, il n’avait jusque là jamais rencontré d’hostilité de la part des autorités. S’il était à nouveau envoyé dans le pays, «cette nouvelle mesure rendrait certainement mon travail plus difficile», admet-il.

L’organisation locale de défense de la presse MISA Mozambique a annoncé son intention de contester la mesure devant la justice. «Ce décret est anticonstitutionnel et illégal, notre but est donc de le faire annuler», a déclaré son président, Ernesto Nhanale.

Jean-Jacques Cornish doute cependant de l’efficacité de cette tentative de contrôler le flux d’information. Des moyens alternatifs de couvrir le pays, par exemple en omettant de s’enregistrer officiellement comme journaliste, pourraient devenir populaires auprès de la presse indépendante.

«Le gouvernement ne peut pas empêcher une couverture critique du pays», tempère le journaliste sud-africain : «Il peut la rendre plus difficile, mais pas impossible».
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