Malawi : la Cour constitutionnelle annule la présidentielle de 2019

Le président élu du Malawi, Arthur Peter Mutharika, prête serment pour son deuxième mandat, le 28 mai 2019. 
Le président élu du Malawi, Arthur Peter Mutharika, prête serment pour son deuxième mandat, le 28 mai 2019.  (AMOS GUMULIRA / AFP)

La Cour a estimé que des responsables électoraux ont utilisé du "Tipex" (fluide correcteur blanc) pour falsifier des votes.

La Cour constitutionnelle du Malawi a annulé la réélection du président sortant Peter Mutharika en mai 2019, ordonnant l'organisation d'un nouveau scrutin présidentiel dans les cinq mois.

"Nous considérons que Peter Mutharika n'a pas été dûment élu le 21 mai 2019. En conséquence nous annulons les résultats de l'élection présidentielle", a décidé la Cour dans un jugement de 500 pages. Elle a ordonné l'organisation d'un nouveau scrutin présidentiel dans un délai de cinq mois.

La Cour a estimé que des responsables électoraux ont utilisé du "Tipex" (fluide correcteur blanc) pour falsifier des votes, ce qui est "injustifiable" et constitue "une irrégularité".

La Cour a également noté que seulement un quart des procès-verbaux du vote avaient été vérifiés, "un sérieux manquement qui porte atteinte aux élections".

Annulation

Cette décisionrisque de provoquer des troubles dans ce pays pauvre d'Afrique australe. Peter Mutharika, au pouvoir depuis 2014, avait été réélu l'an dernier avec 38,57% des suffrages, selon les résultats de la Commission électorale, devant le principal représentant de l'opposition, Lazarus Chakwera (35,41%).

Seulement 159 000 voix séparaient les deux hommes. Lazarus Chakwera et un autre candidat malheureux de l'opposition, Saulos Chilima, arrivé troisième, avaient immédiatement dénoncé des fraudes dont un nombre, à leurs yeux, anormalement élevé de procès-verbaux de dépouillement corrigés avec du blanc à effacer.

Ils avaient saisi la Cour constitutionnelle pour obtenir l'annulation de la présidentielle, alors que le camp du vainqueur a nié toute fraude.

Le chef des observateurs de l'Union européenne, Mark Stephens, avait cependant souligné, peu après le scrutin, que "beaucoup d'erreurs avaient été commises pendant le décompte".

Appel au calme

Le Malawi attendait avec fébrilité le jugement, d'autant plus qu'il a connu ces derniers mois de nombreuses manifestations de l'opposition, émaillées de violences avec les forces de sécurité.

Ces dernières étaient mobilisées le 3 février pour éviter tout dérapage, notamment à proximité de la Cour constitutionnelle à Lilongwe. Un hélicoptère de l'armée survolait de temps à autre le bâtiment ainsi que le quartier des affaires, et les juges ont été amenés sur place dans un véhicule blindé.

Par crainte d'incidents, des établissements scolaires et des entreprises étaient restés fermés.

Des élections crédibles, libres et équitables constituent une base solide pour la démocratieHealey Potani, juge

Dans ce contexte tendu, le gouvernement, l'opposition et la communauté internationale ont appelé au calme.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté la population du Malawi à "continuer de maintenir l'état de droit et de promouvoir la paix, l'unité et la stabilité".

Précédent kényan

Le jugement de la Cour constitue un "moment clé de l'histoire du Malawi", ont également souligné l'Union européenne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Les invalidations d'élection sont rarissimes en Afrique. En 2017, au Kenya, la Cour suprême avait invalidé pour "irrégularités" la réélection du président Uhuru Kenyatta et ordonné l'organisation d'un nouveau scrutin dans les deux mois, une première sur le continent.

Les Malawites ne s'y sont pas trompés. Pendant des mois, ils ont suivi attentivement les audiences de la Cour constitutionnelle, retransmises pour la première fois en direct et en intégralité par les radios privées.

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