Libye: l’émissaire de l’ONU Ghassan Salamé déclaré persona non grata par le général Khalifa Haftar

Ghassan Salamé, envoyé spécial des Nations Unies pour la Libye et chef de la Mission de soutien aux Nations Unies en Libye (MANUL), à son arrivée à Tunis le 18 décembre 2018.
Ghassan Salamé, envoyé spécial des Nations Unies pour la Libye et chef de la Mission de soutien aux Nations Unies en Libye (MANUL), à son arrivée à Tunis le 18 décembre 2018. (FETHI BELAID / AFP)

Le général Khalifa Haftar, qui contrôle l’est de la Libye, a déclaré persona non grata l’émissaire spécial du secrétaire général de l’ONU. Il officialise la fronde dans le pays contre Ghassan Salamé qui dénonce des réseaux criminels cherchant à faire main basse sur la rente pétrolière.

L’Armée nationale libyenne (ANL), qui tient déjà le croissant pétrolier dans l’est du pays, a annoncé le 28 janvier 2019 s’être assuré du contrôle d’une bonne partie de la ville de Sebha dans le centre-sud.

Lancée ce mois-ci pour s’assurer la maîtrise du champ pétrolifère d’El-Sharara, le plus grand du pays avec une capacité de 315 000 barils/jour, ainsi que celui d’El-Feel, de moindre importance, l’opération s’est accompagnée d’une salve du général Haftar en direction de l’ONU.

Salamé, cible d'attaques sans précédent

Couronné du titre d’homme fort de Cyrénaïque, le chef de l’ANL a déclaré Ghassan Salamé, le représentant spécial du secrétaire général de Nations Unies, persona non grata dans son pays.

Selon RFI, il a été accusé officiellement par le porte-parole de l’ANL, Ahmad al-Mismari, de soutenir une partie des Libyens contre l’autre. Une accusation qui vient s’ajouter à la vague d’attaques sans précédent dont Ghassan Salamé est la cible depuis la mi-janvier.

Nombre de voix libyennes l’accusent en effet d’avoir échoué à résoudre la crise, d’être à la fois juge et partie et de prendre la défense des islamistes. Elles réclament désormais son départ, rapporte la radio française.

Aguila Saleh, le président du parlement, l’accuse par exemple de s’être rangé du côté du Conseil présidentiel et du gouvernement d’entente nationale, dirigés par Fayez el-Sarraj. Un gouvernement soutenu par la communauté internationale mais qui n’a jamais été entériné par le parlement.

"Des réseaux criminels ont kidnappé les institutions"

Attelé à organiser une conférence nationale libyenne et des élections dont l’échéance est sans cesse reculée, l’émissaire de l’ONU semble de plus en plus chargé d’une mission impossible. Il s’en est ouvert dans un entretien accordé au journal La Croix publié le 24 janvier.

Pour lui, "réconciliation nationale est un grand mot et un bel objectif" mais pas adapté à la situation actuelle en Libye où "il n’y a pas de vrai différend".

"Il y a en fait des réseaux criminels, financiers, politiques et armés qui ont kidnappé le pays, kidnappé les institutions. Il faut libérer les institutions pour que la volonté puisse s’exprimer", a-t-il dit.

Selon lui, ce qui se passe en Libye est une rivalité pour le contrôle des richesses nationales et il faut démanteler "les réseaux qui ont mis la main sur la rente pétrolière par le biais de groupes armés et de banquiers véreux" si l’on veut faire avancer le processus politique.

Enlisement de la mission de l'ONU

La conquête des champs pétrolifères lancée par les forces du général Haftar vient quasiment illustrer ses propos et confirmer l’enlisement de sa mission dans les sables de la Libye.

"Il se retrouve, selon la formule de RFI, dans la même situation que ses quatre prédécesseurs au même poste au bout d’un certain temps d’exercice de la fonction".

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