L'Afrique peut-elle se passer des forces étrangères tant décriées sur le continent ?

Des soldats français de l\'opération Barkhane patrouillent dans une zone fréquentée par des jihadistes dans le nord du Burkina Faso, le 9 novembre 2019.
Des soldats français de l'opération Barkhane patrouillent dans une zone fréquentée par des jihadistes dans le nord du Burkina Faso, le 9 novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)

Le concept de "forces de maintien de la paix" de l'ONU déployées en Afrique est devenu totalement obsolète, estime un ancien haut fonctionnaire de l'ONU.

Avec quelque 20 000 soldats étrangers déployés depuis une vingtaine d'années sur son territoire, la République démocratique du Congo bat tous les records. Ces forces dites "de maintien de la paix" assistent impuissantes aux massacres contre les populations dans l'est du pays. La ville martyre de Beni, dans la province du Nord-Kivu, en a particulièrement souffert en novembre 2019. Une centaine de personnes y ont été sauvagement tuées à la machette par des rebelles. Les Congolais manifestent bruyamment leur colère. Ils ne veulent plus de ces troupes étrangères venues faire de la figuration dans leur pays.

Je pense que le citoyen moyen congolais, qui voit sa fille violée ou tuée, a raison de se demander à quoi servent ces forces de maintien de la paixAhmedou Ould Abdallah, ancien haut fonctionnaire de l'ONUà franceinfo Afrique

Ahmedou Ould Abdallah connaît bien le fonctionnement des forces internationales, déployées dans les zones de conflit. Il les a vues sur le terrain lorsqu'il était en poste en Somalie et au Burundi. A l’époque, ces deux pays étaient plongés dans des guerres fratricides. Pour lui, le concept de "forces de maintien de la paix" est devenu totalement obsolète.

"Ca n’a plus de sens aujourd’hui. Les forces de maintien de la paix ont été créées en 1956 pour séparer les armées israélienne et égyptienne qui se battaient. Aujourd’hui, on leur demande de séparer des protagonistes qui s’affrontent à l’intérieur d’un même Etat sur des bases ethniques ou religieuses. Ce sont des forces passives qui coûtent trop cher et qui discréditent la communauté internationale. Le Conseil de sécurité devrait tout remettre à plat", tranche-t-il.

Il faut déployer des forces spéciales ou engager des troupes qui ne restent pas passivesAhmedou Ould Abdallah, ancien haut fonctionnaire de l'ONUà franceinfo Afrique

Ahmedou Ould Abdallah préside aujourd’hui le Centre pour la stratégie et la sécurité dans le Sahel-Sahara (Centre4s), basé à Nouakchott. Il a assisté ces dernières années à la descente aux enfers de cette région qui est aux prises avec les mouvements terroristes. Aujourd’hui, des Casques bleus de l’ONU sont cantonnés au Mali. Des forces spéciales françaises sillonnent le Sahel pour contenir les mouvements jihadistes qui y ont trouvé un terrain de jeu.

Mais la présence de ces forces n’est pas du goût de tous. Des voix s’élèvent pour leur attribuer des agendas cachés. Certains n’hésitent pas à dénoncer "un prolongement de la mainmise française sur ses anciennes colonies". C’est une aberration, estime Ahmedou Ould Abdallah. L’ancien diplomate mauritanien rappelle que même l’Europe a dû solliciter le soutien militaire des Etats-Unis pendant la Deuxième guerre mondiale.

"Je pense que dans le contexte actuel du Sahel, cette région a besoin de soutien militaire et financier extérieur. La menace est sérieuse. Nos pays n’ont pas les moyens de faire face. Ni les ressources financières, ni l’endurance et la cohésion pour faire face à toutes ces attaques. Surtout quand elles prennent parfois des dimensions ethniques", observe-t-il.

Des armées nationales moribondes

Comment faire face aux groupes armés qui ravagent le Sahel sans disposer de forces de sécurité à la hauteur de la tâche, interroge Ahmedou Ould Abdallah. Il faut malheureusement se rendre à l’évidence, constate-t-il, les armées de la région n’ont pas les moyens de faire face à la menace.

"Il faut professionnaliser davantage les armées. Je pense que le tribalisme, le favoritisme excessif ne contribuent pas à la professionnalisation des armées. Ils constituent même des menaces à l’unité des pays. Il faut sortir des armées formées pour protéger les pouvoirs en place. L’armée ne doit pas être là pour protéger un régime. Elle doit être professionnelle", confie-t-il à franceinfo Afrique.

"Stop aux spéculations sur les réseaux sociaux"

Oui, il faut revoir le concept "des forces de maintien de la paix" de l’ONU, devenu totalement obsolète, mais il ne faut pas abandonner le Sahel à ses démons, insiste Ahmedou Ould Abdallah. Il invite les populations sahéliennes à éviter de tomber dans le piège des spéculations véhiculées par les réseaux sociaux sur un prétendu complot ourdi contre elles. Les pays de la région, estime-t-il, ont plus que jamais besoin de constituer des fronts intérieurs regroupant toutes les composantes de la classe politique et de la société civile pour faire face aux mouvements radicaux qui se développent dans la bande sahélo-saharienne.

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