Journalistes tués et liberté de la presse bafouée en Somalie : le constat accablant d’Amnesty International

Les funérailles du journaliste somalien Abdiaziz Ali Haji qui a été abattu par des hommes armés non identifiés à Mogadiscio, en Somalie, le 28 septembre 2016.
Les funérailles du journaliste somalien Abdiaziz Ali Haji qui a été abattu par des hommes armés non identifiés à Mogadiscio, en Somalie, le 28 septembre 2016. (NOUR GELLE GEDI / ANADOLU AGENCY)

Depuis deux ans en Somalie, au moins huit journalistes sont morts lors d’attaques. D’autres ont été arrêtés et brutalisés, selon un rapport de l’ONG.

Amnesty International (AI) dénonce "la recrudescence des attaques violentes, des menaces, des mesures de harcèlement et d’intimidation visant les professionnels des médias" dans un rapport publié le 13 février 2020 et intitulé We live in perpetual fear (Nous vivons dans une peur permanente). La Somalie est l’un des endroits les plus dangereux de la planète pour les journalistes et depuis 2017, au moins huit d’entre eux y ont été tués (26 depuis 2013). Selon le rapport, cinq lors d’attaques menées par des shebabs, deux par des assaillants non identifiés et un autre a été abattu par un policier.

"Ils travaillent dans des conditions effroyables"

Pour AI, la liberté d’expression s'est dégradée depuis l’arrivée du président Mohamed Abdullahi au pouvoir en février 2017, les attaques visant la presse étant également imputables aux forces de sécurité, qui procèdent régulièrement à des intimidations et des arrestations arbitraires (25 en 2019 selon le rapport du Syndicat national des journalistes somaliens). "Les journalistes somaliens sont assiégés. Ils échappent de peu à l’explosion de voitures piégées, se font tirer dessus, sont frappés et arrêtés de manière arbitraire : ils travaillent dans des conditions effroyables", a déclaré Deprose Muchena, directeur pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe d'Amnesty International.

L’ONG a recueilli des témoignages d’allégations de pots-de-vin versés à des médias par le gouvernement somalien. But : que ces médias publient des articles complaisants à l'égard du président et du gouvernement.Et qu’ils n’évoquent rien qui puisse fâcher le pouvoir : insécurité, corruption et violations des droits de l’Homme. La loi rend illégales les informations "contraires aux intérêts du pays, à la sécurité, à l’économie et à la société".

Les critiques traquées sur les réseaux sociaux

Les journalistes qui ne se plient pas à la censure sont licenciés. Ceux qui se tournent vers les réseaux sociaux pour informer sont surveillés par les autorités. Des équipes spécialisées ont été créées pour traquer les publications critiques. AI a ainsi recensé entre 2018 et 2019 la fermeture de 16 comptes Facebook dont 13 appartenant à des journalistes. Motif : violation des "normes de la communauté" Facebook.

Pour autant, le policier qui a tué d’une balle dans la tête Abdirirzak Qassim Iman, 17 ans, cameraman de SBS TV, en juillet 2018 à Mogadiscio, a été reconnu coupable de meurtre. Un signe encourageant pour une profession maltraitée. Condamné à 5 ans de prison par contumace, il est toutefois aujourd'hui en fuite.

La Somalie occupe la 164e place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi en 2019 par Reporters sans Frontières.

Vous êtes à nouveau en ligne