Guinée: des journalistes convoqués par la justice

Des journalistes guinéens manifestent le 2 avril 2019 à Conakry pour demander la libération du journaliste Lansana Camara, directeur du site internet conakrylive.info.
Des journalistes guinéens manifestent le 2 avril 2019 à Conakry pour demander la libération du journaliste Lansana Camara, directeur du site internet conakrylive.info. (CELLOU BINANI / AFP)

Des dizaines de journalistes guinéens ont manifesté le 26 août 2019 à Conakry pour dénoncer le "harcèlement" des médias privés par les autorités, selon eux.

L'administrateur du groupe de presse Le Lynx, Souleymane Diallo, et un journaliste de la radio du même groupe, Boubacar Diallo, ont été inculpés de diffamation et placés sous contrôle judiciaire respectivement le 19 et le 20 août à Conakry. Contrôle judiciaire finalement levé le 27 août. Ces poursuites font suite à une intervention sur la radio Lynx FM d'une auditrice accusant le ministre guinéen de la Défense, Mohamed Diané, d'avoir détourné de l'argent destiné à des casques bleus guinéens de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma).

Souleymane Diallo, "doyen de la presse privée", "est poursuivi notamment pour diffusion de données de nature à troubler la sécurité publique par le biais d'un système informatique", rapporte RFI. "La plainte déposée s'appuie sur la loi sur la cybercriminalité et non pas sur la loi de la presse de 2010, ce que dénoncent les journalistes qui rappellent que cette loi dépénalise les délits de presse", précise le site de la radio française.

"Non au harcèlement, non au bâillonnement de la presse", ont scandé les manifestants réunis sous une pluie battante devant le siège de la Haute autorité de la communication (HAC), selon le correspondant de l'AFP. Ils ont ensuite déposé un mémorandum au siège de la HAC, en l'absence des membres de cette instance de régulation de la presse locale.

Les journalistes expriment leur "colère face à la dégradation des libertés de la presse", indique ce mémorandum. "Les jours des hommes des médias semblent comptés dans leur profession car leur liberté est mise à rude épreuve depuis quelques mois", selon le même texte. 

Pour le secrétaire général du Syndicat des professionnels de la presse privée, Sidi Diallo, cité par RFI, "on traduit des journalistes à tout moment à la police judiciaire comme si on avait affaire avec des criminels."

La Guinée, 107e au classement de RSF

Le ministère de l'Information et de la communication avait affirmé le 24 août dans un communiqué "son engagement à œuvrer pour la construction d'un espace médiatique respectueux des valeurs qui fondent notre société et notre jeune démocratie". Il avait invité "les uns et les autres à faire preuve de respect de la procédure d'instruction en cours pour permettre de déterminer la culpabilité ou non des personnes poursuivies."


La Guinée occupe la 107e position dans le classement 2019 de l'organisation de défense de la presse Reporters sans frontières (RSF), sur un total de 180 pays. "Le régime du président Alpha Condé n’est pas tendre envers la presse. Le président tient souvent des propos sévères envers les médias nationaux et internationaux, et les organisations de défense de la liberté de la presse. Les autorités tentent régulièrement de censurer les médias critiques du pouvoir sous des prétextes administratifs ou juridiques", constate RSF. Dans un communiqué, l'organisation a dénoncé "le harcèlement judiciaire de la radio Lynx FM".

Ancien opposant historique, Alpha Condé, élu en 2010 puis réélu en 2015, est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest, jusqu'alors gouverné par des dictatures civile ou militaires. Alpha Condé, âgé de 81 ans, n'a jusqu'à présent pas annoncé de modification de la Constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, au terme de son deuxième mandat. Mais plusieurs de ses déclarations ont été interprétées en ce sens.

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