Guinée-Bissau : Umaro Sissoco Embalo, président non officiel, cherche des soutiens hors de ses frontières

Umaro Sissoco Embalo, alors vice-président de la Guinée-Bissau, photographié le 28 décembre 2019 à la veille du scrutin présidentiel.
Umaro Sissoco Embalo, alors vice-président de la Guinée-Bissau, photographié le 28 décembre 2019 à la veille du scrutin présidentiel. (SEYLLOU / AFP)

Umaro Sissoco Embalo, président auto-proclamé de la Guinée-Bissau, a commencé son voyage le 9 mars 2020 par Dakar, où il a été reçu avec les honneurs par le président sénégalais Macky Sall, un allié de longue date. Il doit achever sa tournée au Nigeria, où se trouve le siège de la Cédéao.

Comme si de rien n'était, Umaro Sissoco Embalo, qui se présente comme le "président élu de Guinée-Bissau", effectue une tournée régionale en Afrique de l'Ouest pour asseoir sa légitimité. Dans son pays, ancienne colonie portugaise, cette légitimité lui fait encore défaut deux mois et demi après le scrutin. Sa victoire proclamée le 1er janvier 2020 est contestée par le camp adverse de Domingos Simoes Pereira, président du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC) qui domine la Guinée-Bissau depuis son indépendance en 1974. Mais, le 12 mars, les recours introduits par M. Pereira dénonçant des fraudes ne sont toujours pas tranchés par la Cour suprême.

Un entretien avec le président du Niger, également président en exercice de la Cédéao

La nature ayant horreur du vide, M. Embalo s'est fait investir le 27 février dans un hôtel de luxe de Bissau devant une centaine de personnes, et il s'est installé dans le palais présidentiel, après avoir nommé son gouvernement. L'équipe de M. Pereira avait, elle aussi, brièvement désigné un "président intérimaire".

Face à cet imbroglio, et malgré l'absence de verdict de la plus haute juridiction du pays, c'est à l'étranger que l'ancien opposant cherche l'assurance d'être reconnu comme le nouveau dirigeant du petit pays de 1,8 million d'habitants. M. Embalo est arrivé le 10 mars à Niamey pour une visite destinée à "raffermir les liens de fraternité et de coopération entre le Niger et la Guinée-Bissau", a-t-il indiqué sur Twitter. Il s'est entretenu avec le chef de l'Etat nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 Etats), médiatrice historique dans les crises qui secouent l'ancienne colonie portugaise. M. Issoufou est "très écouté dans la sous-région et dans la région africaine. C’est un grand leader. C’est pour cela que je suis venu échanger avec lui de la situation de la Guinée-Bissau", a précisé le président non officiel bissau-guinéen.

La veille, ce dernier avait commencé son voyage par Dakar, où il a été reçu avec les honneurs par le président sénégalais Macky Sall, un allié de longue date. Il devait achever sa tournée les 12 et 13 mars au Nigeria, où se trouve le siège de la Cédéao.

Déclaré vainqueur à plusieurs reprises

Alors que les observateurs ne l'attendaient pas si bien placé, Umaro Sissoco Embalo, ex-Premier ministre, a été déclaré vainqueur du second tour de la présidentielle du 29 décembre à plusieurs reprises par la Commission nationale des élections (CNE) face à Domingos Simoes Pereira, dont le parti domine l'Assemblée nationale et qui réclame un recomptage des bulletins.

Plus de deux mois après, la controverse n'étant pas réglée, la communauté internationale, dont des pays africains, se divise sur le parti à prendre.

La Cédéao, elle-même, avait pourtant félicité M. Embalo dès janvier. Mais, devant l'enlisement et le risque d'une intervention de l'armée, l'organisation ouest-africaine s'était décidée à envoyer à Bissau des experts juristes pour tenter de rapprocher les points de vue de la CNE et de la Cour suprême. Cette mission a été annulée après une fin de non-recevoir du camp de M. Embalo, qui a dénoncé une tentative d'ingérence, mettant notamment en cause la Côte d'Ivoire.

De son côté, la ministre des Affaires étrangères de M. Embalo, Suzy Carla Barbosa, a laissé entendre qu'il n'y avait rien à attendre de la Cour suprême, qu'elle a qualifiée de "très corrompue". Et, pour l'instant, tout à fait muette.

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