Guillaume Soro "demeure candidat" à la présidentielle en Côte d'Ivoire en dépit de sa condamnation

L\'ancien Premier ministre ivoirien Guillaume Soro, le 29 janvier 2020, à Paris. 
L'ancien Premier ministre ivoirien Guillaume Soro, le 29 janvier 2020, à Paris.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le verdict du tribunal correctionnel d'Abidjan prive l'opposant ivoirien de ses droits civiques.

Guillaume Soro ne compte pas renoncer à la présidentielle en Côte d'Ivoire, prévue en octobre 2020, en dépit de sa condamnation à 20 ans d'emprisonnement pour corruption. Sous le coup d'un mandat d'arrêt lancé par les autorités ivoiriennes, l'ancien chef de la rébellion ivoirienne et ex-Premier ministre vit en exil depuis décembre 2019. Il a été reconnu coupable de "recel de détournement de deniers publics" et "blanchiment de capitaux" lors de l'achat de sa résidence d'Abidjan en 2007, alors qu'il était Premier ministre d'un gouvernement d'union nationale, au terme d'une audience boycottée par ses avocats au tribunal correctionnel d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, le 28 avril 2020.

Guillaume Soro, 47 ans, a été également condamné à 4,5 milliards FCFA d'amende (6,8 millions d'euros), la confiscation de sa maison, la privation de ses droits civiques, ainsi qu'à verser 2 milliards de FCFA (3 millions d'euros) de dommages et intérêts à l'Etat de Côte d'Ivoire.

En outre, devant la "caducité" des mandats déjà émis en février 2020, le tribunal a lancé un nouveau mandat d'arrêt. Sauf appel fructueux, l'ancien chef rebelle se voit ainsi interdire de se présenter à la présidentielle d'octobre. Il fait de plus l'objet de poursuites depuis décembre 2019 pour une tentative présumée d'"insurrection".

"Je demeure candidat à la présidentielle d'octobre 2020 et je gagnerai", a réagi Guillaume Soro sur les réseaux sociaux, qualifiant le procès de "parodie" et son verdict de "non événement".

Le président Alassane Ouattara "qui porte aujourd'hui avec beaucoup d'aisance les habits de dictateur, soumet la justice à sa botte et commande des sentences de mise à mort politique contre ses rivaux, afin de les exclure de la compétition électorale, incarne la pire version du dirigeant africain", a-t-il estimé. "Il a bien vite oublié que cette justice qu'il manipule aujourd'hui est la même qui l'avait décrété il y a quelques années, inéligible (...). La suite nous la connaissons tous : il est devenu président", a-t-il ajouté.

La Côte d'Ivoire fait fi de la décision de la Cour africaine des droits de l'Homme

Le 22 avril, la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples (CAFDHP, organe judiciaire de l'Union africaine) avait ordonné à la Côte d'Ivoire de suspendre le mandat d'arrêt contre Guillaume Soro et de remettre en liberté 19 de ses proches, emprisonnés depuis quatre mois. En attendant de se prononcer sur le fond de l'affaire, la juridiction, dont le siège est basé en Tanzanie, avait demandé à l'Etat de Côte d'Ivoire "de revenir au 'statu quo ante' (revenir à la situation avant les poursuites, NDLR)". Les décisions de la CAFDHP sont "contraignantes" pour les Etats signataires du protocole instituant la Cour dont la Côte d'Ivoire fait partie. 

"Cette audience ne doit pas avoir lieu. Si elle se tient, les magistrats en porteront la responsabilité", avait déclaré à l'AFP avant l'audience Me Affoussiatta Bamba-Lamine, justifiant ainsi le boycott de l'audience par les conseils de Guillaume Soro. La défense de l'opposant compte "saisir" l'Union africaine et "les juridictions internationales" pour constester ce verdict. 

Les avocats de l'Etat ivoirien, quant à eux, ont réfuté toute cabale politique. "Le procès est loin d'être politique, vous avez constaté à l'audience avec les différents témoignages, les pièces du dossier, que des fonds ont été effectivement détournés (...) On ne peut pas voir en ce procès une quelconque volonté politique", a assuré Me Ben Méité Abdoulaye.

Pour lui, c'est un "coup de tonnerre dans le ciel de la corruption ivoirienne. Cette décision est l'amorce d'une nouvelle ère en Côte d'Ivoire. Il faut traquer les corrompus partout où ils se trouvent."

"En dépit de tout ce qui a été dit autour du procès, les faits sont relativement simples", a déclaré à l'audience le procureur Richard Adou, soulignant que les "chèques" étaient sortis du Trésor pour qu'une société "au capital de 2 millions de FCFA (3 000 euros)" puisse acheter "un bien de 1,5 milliard (2,2 millions d'euros)", encore "occupé actuellement par le prévenu".

Surprise pendant l'audience : le notaire qui enregistré l'achat a assuré que les anciens ministres Marcel Amon Tanoh, qui a démissionné en mars pour lui aussi préparer sa candidature à la présidentielle selon la presse, ou Charles Koffi Diby, décédé en décembre, avaient validé la procédure d'achat de la résidence de Guillaume Soro.

"Le moment choisi pour lancer une procédure judiciaire contre Guillaume Soro et les arrestations de ses sympathisants et proches sont suspects. Compte tenu des irrégularités des procédures, il ne serait pas surprenant que ces poursuites soient motivées par des considérations politiques", soulignait déjà Amnesty International en janvier 2020.

Ancien allié du régime actuel, Guillaume Soro est le premier à avoir déclaré sa candidature à la présidentielle d'octobre à laquelle le président ivoirien Alassane Ouattara ne sera pas candidat.

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