Grand barrage de la Renaissance : l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudan esquissent un compromis

Seleshi Bekele Awulachew, ministre éthiopien de l\'Eau, de l\'Irrigation et de l\'Energie, engagé dans une difficile négociation avec l\'Egypte sur la mise en eau du Grand barrage éthiopien de la Renaissance. 
Seleshi Bekele Awulachew, ministre éthiopien de l'Eau, de l'Irrigation et de l'Energie, engagé dans une difficile négociation avec l'Egypte sur la mise en eau du Grand barrage éthiopien de la Renaissance.  (MINASSE WONDIMU HAILU / ANADOLU AGENCY)

Réunis le 15 janvier 2020 à Washington, les représentants des trois pays impliqués ont fait état de "progrès" dans la difficile négociation sur le remplissage du plus grand barrage d'Afrique.

Le rendez-vous de Washington, le 15 janvier 2020, était présenté comme le dernier round de négociations. Les ministres des Affaires étrangères et de l'Eau de l'Ethiopie, de l'Egypte et du Soudan ont tenté de faire baisser la tension sur la mise en eau du Grand barrage éthiopien de la Renaissance (GERD), qui inquiète l'Egypte. Le Caire craint qu'un remplissage trop rapide n’entraîne une réduction du débit du Nil, fleuve dont le pays dépend à 90% pour son approvisionnement en eau.

Les trois pays ont voulu afficher leur bonne volonté à l'issue de trois journées de discussions, présentées comme celles de la dernière chance, en présence du secrétaire américain au Trésor et du président de la Banque mondiale.

Après des années de discussions et alors que les négociations semblaient bloquées, ils ont fini par esquisser un début de compromis sur l'une des dernières pierres d'achoppement, la durée du remplissage du réservoir du barrage. Alors qu'Addis-Abeba veut le remplir en moins de six ans, Le Caire demande une durée beaucoup plus longue (au moins 12 ans).

Un remplissage du barrage par étapes, sous le regard des trois pays

Si ces points sont confirmés lors de l'accord définitif, le remplissage aura lieu "par étapes" de manière "coopérative", essentiellement pendant la saison des pluies de juillet-août, éventuellement jusqu'en septembre. La première phase de ce remplissage doit permettre de débuter la production d'électricité fin 2020, comme le demande l’Ethiopie dont l’économie souffre du manque d’énergie.

"La première phase de remplissage permettra d’atteindre une hauteur suffisante pour commencer à produire de l’électricité et se poursuivra par étapes, en tenant compte de la saison des pluies (et d’une éventuelle sécheresse) et de ses conséquences sur l’aval du barrage", affirme un communiqué commun à l'issue de la rencontre.

Plusieurs points techniques et juridiques restent à finaliser. Les ministres se sont donné rendez-vous les 28 et 29 janvier à Washington pour parvenir à un "accord global sur le remplissage et la gestion" du barrage.

Alors que la tension était fortement montée ces derniers mois, avec des menaces de conflits armés entre l’Egypte et l’Ethiopie, la pression américaine sur ces deux alliés dans la région a permis de faire baisser le ton. Les ministres des trois pays ont reconnu dans leur communiqué "les avantages régionaux importants qui peuvent résulter de la conclusion d’un accord sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance".

Même si un compromis est trouvé sur la durée de remplissage de l'ouvrage, Kevin Wheeler, ingénieur à l'université d'Oxford, craint des complications et des tensions permanentes. "Les opérations coordonnées entre les réservoirs le long du Nil sont susceptibles d'être un sujet de discussion continue, qui pourrait durer pour les années, les décennies et les siècles à venir", affirme-t-il.

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