Exit Tillerson, arrive Pompeo. Et l’Afrique dans tout ça?

A peine revenu d’Afrique, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a été mis à la porte le 13 mars 2018 par le président Trump. Au cours de sa tournée sur le continent, il a dû jouer les pompiers en tentant de faire oublier le fameux propos prêté à Trump («pays de merde»). Une tournée axée sur le terrorisme et la concurrence chinoise. Même s’il a expliqué que «l’Afrique est l’avenir».


C’était le premier déplacement de Rex Tillerson comme secrétaire d’Etat en Afrique. Ce sera le dernier. Dès son retour, le locataire du Département d’Etat a appris que son bail était résilié. Une tournée qu’il avait déjà dû abréger d’une journée pour raisons de santé.


Quoi qu’il en soit, le bilan africain de l’ex-secrétaire d’Etat n’est pas très lourd. Il lui aura fallu plus d’un an pour aller fouler le sol subsaharien. La preuve que l’administration du président républicain ne manifeste pas un grand intérêt pour le continent.

Mais les intérêts des USA y sont importants: enjeux stratégiques, richesses minérales... La Maison blanche a donc quand même dû se manifester (un peu) vis-à-vis de l’Afrique. En septembre, Donald Trump a discuté avec des chefs d’Etat africains en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. Et en novembre, Rex Tillerson a rencontré les ministres de l’Union Africaine (UA) à Washington. Mais rien de concret n’est ressorti des discussions. Et dans un discours le 6 mars sur la stratégie des Etats-Unis pour l'Afrique, Rex Tillerson s'en est tenu à des objectifs très généraux: lutte antiterroriste, bonne gouvernance, développement.

«Shithole countries»
«L'Afrique est l'avenir», a lancé le secrétaire d’Etat, rappelant sa bonne connaissance du continent de par son ancienne casquette de patron du géant pétrolier ExxonMobil. «Sans emplois et sans espoir dans l'avenir, (sa) jeunesse de plus en plus nombreuse représentera une nouvelle génération en proie aux terroristes, mettant à mal la stabilité et les gouvernements démocratiques», a-t-il prévenu. Il a donc dit vouloir «approfondir les partenariats avec l'Afrique pour rendre les pays africains plus résistants et plus autosuffisants».


Mais «approfondir» des «partenariats» avec le continent implique que l’on éprouve de l’intérêt et du respect pour le continent. Ce que n’a pas montré Donald Trump s’il a effectivement tenu son propos sur les pays africains (et Haïti), point de départ des migrants, au cours d’une réunion à huis clos le 11 janvier, selon le sénateur démocrate Dick Durbin et plusieurs médias… Il aurait alors traité ces Etats de «shithole countries» («pays de merde»). Par la suite, le président américain a dû envoyer une lettre aux dirigeants africains réunis fin janvier au sommet de l’Union africaine (UA) à Addis Abeba (Ethiopie). Une lettre sonnant comme un aveu et des excuses

«Je crois que cet incident appartient au passé», a déclaré le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki, lors de sa rencontre avec le secrétaire d’Etat à Addis Abeba. Pas sûr cependant que cela suffise à effacer la très mauvaise impression produite par la fameuse expression…

Concurrence chinoise
Avant l’Ethiopie, Rex Tillerson s’est rendu au Kenya, à Djibouti. Avant de terminer sa tournée au Tchad et au Nigeria. Il y a réaffirmé certains des classiques de la diplomatie des Etats-Unis d’Amérique.

Il a annoncé une aide humanitaire américaine supplémentaire de plus de 530 millions de dollars contre la famine et l'insécurité alimentaire dans la Corne de l'Afrique et dans le bassin du lac Tchad. Il s’est aussi engagé à fournir de l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030 grâce à des partenariats public-privé.


Il en a profité pour mettre en cause la concurrence de la Chine. «Les Etats-Unis veulent favoriser une croissance durable qui renforce les institutions, l'Etat de droit, et permette aux pays africains d'être autosuffisants», a-t-il plaidé. «C'est l'opposé de l'approche chinoise, qui encourage la dépendance via des contrats opaques, des prêts prédateurs» qui «engluent les pays dans la dette», a-t-il dénoncé.

Mais au-delà de ces accusations et de ces déclarations de principe, les USA doivent admettre qu’ils sont incapables de jouer dans la même cour que Pékin… «Nous ne dépenserons jamais autant que les Chinois en Afrique», a souligné le 6 mars le chef du commandement américain pour l'Afrique, le général Thomas Waldhauser, devant une commission parlementaire. Et ce dans la mesure où Pékin «construit des choses tangibles pour les Africains, des stades de football, des centres commerciaux». «Nous devons continuer à faire de petites choses» qui puissent nous «mener loin» et préservent «notre influence», a-t-il ajouté. Un peu la quadrature du cercle…

Plusieurs milliers de militaires américains sur le continent
L’«influence» américaine? Elle est notamment militaire. Au Tchad et au Nigeria, Rex Tillerson a tenu à assurer ces deux pays de l’appui des Etats-Unis dans la lutte contre le djihadisme. Il a salué dans le premier un «partenaire important» dans cette lutte. Et a exprimé son «soutien total» au second dans le combat «contre Boko Haram». En Ethiopie, Rex Tillerson a rappelé qu’Addis Abeba joue «un rôle très important pour la stabilité de région». En l’occurrence la très stratégique Corne de l’Afrique. A Djibouti, il s’est rendu sur la base américaine la plus importante du continent, où sont stationnées 4000 personnes. En tout, 6000 soldats américains sont officiellement basés sur le continent. D’autres sources parlent de 13.000. Selon le Washington Post, les Etats-Unis auraient déployé des troupes, outre à Djibouti, dans une quinzaine de pays africains. Dont l’Algérie.

Et maintenant ? «L’Afrique regorge d’opportunités, le continent peut devenir une terre de prospérité», a rappelé le désormais ex-secrétaire d’Etat. Reste à savoir si son successeur, le républicain ultraconservateur Mike Pompeo, ex-patron de la CIA, qui «n’a aucune expérience des affaires étrangères» (Libération), dont la bête noire est l’Iran, trouvera le temps et l’intérêt de mettre ces belles paroles en musique…   
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