Ethiopie : ultimes négociations avant le début du remplissage du Grand barrage éthiopien de la Renaissance

Une vue du Nil Bleu, au niveau du futur Grand barrage éthiopien de la Renaissance. D\'une capacité de 6000 mégawatts, il va permettre à la population et aux entreprises du pays d\'accéder à l\'électricité. 
Une vue du Nil Bleu, au niveau du futur Grand barrage éthiopien de la Renaissance. D'une capacité de 6000 mégawatts, il va permettre à la population et aux entreprises du pays d'accéder à l'électricité.  (EDUARDO SOTERAS / AFP)

Les rudes négociations entre l'Ethiopie, l'Egypte et Soudan sur la mise en eau du barrage, qui durent depuis 9 ans, entrent dans une phase décisive, voire dangereuse. Il y a urgence, Addis Abeba voulant commencer à remplir le réservoir dès juillet 2020, début de la saison des pluies.

Le bras de fer entre l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudan sur le calendrier et la vitesse du remplissage du Grand barrage éthiopien de la Renaissance (GERD) approche de son épilogue. Si en neuf années de difficiles négociations, "les trois pays ont réglé 95% des problèmes techniques", l'accord bute encore sur l’aspect politique et juridique du partage des eaux du Nil. Mais aujourd’hui, il y a urgence, l’Ethiopie étant bien décidée à commencer à remplir son méga-barrage de 5 milliards de dollars, avec le début de la saison des pluies, en juillet 2020. Sauf que pour l'Egypte et le Soudan, il n’en est pas question sans accord en bonne et due forme. Il ne reste donc que quelques semaines pour négocier.

Accord ou conflit ?

Ce qui va devenir le plus grand ouvrage hydroélectrique d’Afrique avec 6 000 MGW est une source de tension croissante entre les trois pays. Il oppose le besoin en électricité de l'Ethiopie, vitale pour son développement économique, aux craintes de l'Egypte et du Soudan d’une baisse de leur approvisionnement en eau, alors que leurs populations respectives sont en forte augmentation. Mais le pessimisme n'est pas une option pour éviter ce qui pourrait devenir une dramatique guerre régionale pour l’eau.

L'Ethiopie entend conserver 4,9 milliards de mètres cubes d'eau durant la prochaine saison des pluies. Un volume suffisant dans cette première phase de remplissage pour tester les turbines à la mi-2021. L'Egypte, de son côté, ne veut pas que le barrage réduise le débit des eaux du Nil en aval.

Le Soudan n'acceptera pas le remplissage unilatéral du réservoir avant un accordYasser Abbas, le ministre de l'Irrigation du Soudan au New York Times

Les négociations qui ont repris le 9 juin 2020 auraient pu permettre de franchir plusieurs obstacles, puisque les trois pays se sont mis d’accord sur la vitesse et la durée du remplissage du réservoir, sur le volume d’eau qui sera retenu chaque année par le barrage. Mais aussi sur l’impact environnemental et social de l’ouvrage.

Pourtant, l'Egypte insiste sur des mesures d'atténuation en cas de sécheresse prolongée. Pour Le Caire, c'est une question existentielle qui affecte la vie de plus de 150 millions de citoyens égyptiens et soudanais. Le Soudan, lui, veut s'assurer que les rejets d'eau du Grand barrage éthiopien sont coordonnés avec les niveaux d'eau de son barrage Roseries, à environ 100 kilomètres en aval du GERD.

L'Ethiopie veut un nouvel accord de partage des eaux du Nil

L'Ethiopie a souligné la nécessité de suivre une approche qui assure la responsabilité conjointe des trois pays dans l'incidence de la sécheresse, tout en préservant le fonctionnement optimal du barrage. Des avancées importantes, certes, mais l’accord bute encore sur l'inclusion d'un mécanisme de règlement des différends, garantissant des débits minimaux que l’Egypte et le Soudan voudraient juridiquement contraignant.

Le ministre soudanais de l’Irrigation a déclaré que le Soudan et l'Egypte ont rejeté les tentatives de l'Ethiopie d'inclure des articles sur le partage de l'eau et les anciens traités du Nil dans l'accord. Pour Le Caire et Khartoum, "il s'agit d'un accord uniquement sur l'exploitation et le remplissage du barrage", a déclaré Yasser Abbas. L'Egypte ne veut pas revenir sur des accords remontant à l'époque coloniale britannique, qui lui accordent la plus grande partie des eaux du Nil provenant du Nil Bleu d'Ethiopie.

Le ministre des Affaires étrangères égyptien Sameh Shoukry a déclaré que son pays pourrait porter le différend devant le Conseil de sécurité des Nations unies pour empêcher l'Ethiopie de prendre des mesures unilatérales, une référence au remplissage du barrage.

Pour lever les derniers obstacles, le Soudan a proposé une réunion rapide des Premiers ministres des trois pays. Aucune date n'a pour l'heure été fixée.

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