eSwatini : un député suggère des peines de prison contre le "fléau" des grossesses précoces

Vue générale du parlement swazi à Lobamba, la capitale de l\'eSwatini, le 22 avril 2018, 50 ans après l\'indépendance de cette ancienne colonie britannique.
Vue générale du parlement swazi à Lobamba, la capitale de l'eSwatini, le 22 avril 2018, 50 ans après l'indépendance de cette ancienne colonie britannique. (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

La proposition a fait bondir les réseaux sociaux. Chaque année, 1000 jeunes filles abandonnent leurs études dans le pays parce qu'elles sont enceintes.

Au royaume du Swaziland, devenu eSwatini au printemps 2018, on n'a pas peur des grands moyens. Ainsi, dans ce petit pays d'Afrique australe frappé par la pauvreté, le VIH et le sida, un député propose d'imposer une incarcération aux jeunes gens et jeunes filles afin d'enrayer le phénomène des grossesses précoces.

"Je suis personnellement d'avis qu'une façon de freiner la grossesse chez les adolescentes dans le pays pourrait être d'arrêter les enfants mineurs concernés", a déclaré le législateur Michael Masuku, lors d'un atelier organisé le 8 août 2019 au Parlement de l'eSwatini, qui compte moins de 1,4 million d'habitants. "Les arrêter les découragerait et la peur les dissuaderait d'avoir des rapports sexuels entre adolescents", s'est justifié M. Masuku pour qui la grossesse des adolescentes devrait être une infraction passible de prison. Une peine qui serait infligée aux garçons comme aux filles.

L'incarcération d'au moins un an "préserverait leur virginité et inculquerait de bonnes moeurs" aux filles qui, soutient M. Masuku, "tombent enceintes même à l'école primaire".  Des propos repris dans un tweet du site sud-africain Sowetan LIVE.

"Ils n'utilisent même pas de préservatifs"

Dans sa démarche, le député se sent conforté par les statistiques. Selon la directrice du Département de l'égalité des sexes, Jane Mkhonta, plus de 1 000 filles abandonnent l'école chaque année en raison d'une grossesse précoce. A cette situation, s'ajoutent les ravages du sida, même s'ils sont en diminution depuis 2010 (moins 50% de nouvelles infections dues au VIH). Sur la période s'achevant en 2017, 44 000 orphelins du VIH/sida ont été comptabilisés. Cependant, pour M. Masuku, les progrès réalisés devraient encourager les jeunes à être vigilants. S'appuyant sur la baisse de 28 % du nombre de décès liés au sida depuis 9 ans, grâce à l'intervention du gouvernement, le député déplore aujourd'hui que les écoliers "n'utilisent même pas les préservatifs qui sont accessibles dans de nombreux endroits".

Mais il a beau dire, ses commentaires ont suscité colère et incrédulité sur les réseaux sociaux. Certains s'interrogeant sur son niveau d'éducation, d'autres mettant en garde les autorités contre le fait que la concrétisation de telles mesures encouragerait des avortements clandestins dangereux.

"Les arrêter pour quel crime ? Avant ou une fois qu'elles sont enceintes ?", demande cet internaute qui remarque que les députés swazis "ne sont jamais fatigués des polémiques". Dans son tweet, il rappelle ainsi l'idée d'un autre parlementaire qui suggérait que les personnes séropositives soient "marquées" afin d'alerter d'éventuels partenaires.


De son côté, la Fondation sud-africaine Ecebeni, qui promeut l'émancipation des femmes et des jeunes filles, s'alarme de la proposition du député swazi de remplacer l'éducation par la prison pour venir à bout des grossesses précoces. Considérant que "l'ignorance affichée par les autorités du pays est au-delà de toute compréhension", la Fondation se demande "si ces adolescents scolarisés reçoivent bien un enseignement sur la manière dont fonctionne leur corps". A ses yeux, c'est la seule question qui vaille.

Le royaume d'e Swatini est une monarchie absolue. A sa tête, le roi Mswati III vit avec 14 épouses, plus de 25 enfants et se donne le droit de choisir une nouvelle femme lors de la danse annuelle des roseaux. Là, des milliers de vierges aux seins nus dansent devant lui.

Vidéo AFP tournée à Mbabane le 1er septembre 2015.

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