Élections en RDC : "Il n'y a aucun espoir de changement en République démocratique du Congo"

La police monte la garde pendant que le matériel électoral est installé dans un bureau de vote à Bukavu, à l\'Est du pays
La police monte la garde pendant que le matériel électoral est installé dans un bureau de vote à Bukavu, à l'Est du pays (FREDRIK LERNERYD / AFP)

Après trois reports, 40 millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche en République démocratique du Congo. Le spécialiste Thierry Vircoulonen estime sur franceinfo qu'il n'y a "aucun espoir de changement" dans le plus grand pays d'Afrique subsaharienne.

Après trois reports depuis fin 2016, 40 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dimanche 30 décembre en République démocratique du Congo. Ils doivent désigner notamment le successeur du président Joseph Kabila. À la veille de ces élections (présidentielles, législatives et provinciales), le spécialiste Thierry Vircoulonen a estimé sur franceinfo samedi 29 décembre qu'il n'y a "aucun espoir de changement" dans le pays. Le chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne de l'Institut français des relations internationales (IFRI) prédit "une fraude historique".

franceinfo : 21 candidats briguent la présidence ?

Thierry Vircoulonen : Oui, 21 candidats, dont le "dauphin" de Joseph Kabila, l'ex-ministre de l'Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary. C'est lui qui va remporter cette élection, une élection qui sera caractérisée par un vote extrêmement chaotique. On a vu toute cette semaine les difficultés d'organisation se multiplier, et il y aura probablement une fraude historique. Il n'y a aucun espoir de changement en République démocratique du Congo. L'opposition a réussi à se mettre d'accord pour un candidat unique à la présidentielle pendant 24 heures seulement. Il y a essentiellement deux candidats d'opposition (d'un côté, Martin Fayulu, et de l'autre, l'alliance entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe). Unie ou pas, cette opposition n'est pas capable de contrer la fraude qui a été préparée.

La RDC est un pays riche, mais avec une population très pauvre. 80% des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté absolue, 50% n'ont pas accès à l'eau potable...

Il  y a une relation extrêmement claire entre le pillage des ressources naturelles en RDC et le fait que ce pays soit en situation d'hyper-pauvreté depuis très longtemps, avec un budget de l'Etat de l'ordre de 6 milliards de dollars seulement pour 80 millions d'habitants. À cela s'ajoute une tentation d'isolement croissante, puisque l'ambassadeur de l'Union Européenne vient d'être expulsé. Emmanuel Ramazani Shadary est sous sanction de l'Europe. Une fois qu'il sera au pouvoir, on risque de rentrer dans une dynamique d'isolement. Ce pays est en train d'organiser une mascarade électorale pour continuer le régime du président Kabila.

Y a-t-il aussi un risque de violences après ce scrutin, comme ce fut le cas en 2001 et 2011 ?

Il y a toujours un risque de violences. C'est assez évident. Le pouvoir s'est préparé, de longue date, à une épreuve de force dans la rue. Ces violences sont-elles capables de changer le rapport de force ? C'est toute la question.

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