Egypte : le cybermilitant historique Wael Ghonim dit "fuck you" au président Sissi

Wael Ghonim, militant égyptien sur internet, lors de son arrivée au gala des \"100 personnalités les plus influentes du monde\" de \"Time Magazine\", le 26 avril 2011 à New York.
Wael Ghonim, militant égyptien sur internet, lors de son arrivée au gala des "100 personnalités les plus influentes du monde" de "Time Magazine", le 26 avril 2011 à New York. (DON EMMERT / AFP)

Réfugié aux Etats-Unis, l’icône du printemps égyptien dénonce les pressions du régime d'al-Sissi sur sa famille au Caire pour le faire taire.

Cheville ouvrière sur Facebook du soulèvement du 25 janvier 2011 Place Tahrir au Caire, l’opposant Wael Ghonim est revenu en force sur les réseaux sociaux pour dénoncer les pratiques du président Sissi. Depuis son exil californien, ce symbole de la révolution aujourd’hui âgé de 38 ans et marié à une Américaine a dévoilé sur son compte Twitter, qui affiche près de trois millions d’abonnés, les pressions de l’ambassade d’Egypte à Washington pour le museler. 

Dans un enregistrement vidéo posté le 19 septembre 2019, il affirme avoir reçu des menaces de la part d’un certain Chérif Zahran lui intimant l'ordre de cesser ses attaques contre le pouvoir. Attaques qui "ne resteraient pas sans conséquences", aurait prévenu ce dernier.

Le lendemain, face à son refus d’obtempérer, les hommes de la sécurité d’Etat ont fait irruption au domicile de ses parents au Caire. Ils y ont confisqué les passeports et les téléphones de son père et sa mère et arrêté son frère Hazem.

Un appel au secours pour son frère Hazem

Dans son post, Wael Ghonim s'adresse à l’opinion internationale et lance un appel au secours pour son frère "une personne apolitique", précise-t-il, dentiste de son métier. Et l'opposant de rajouter, en anglais dans le texte : "Ils ont menacé mon père d'une escalade si je ne me taisais pas et moi je leur dis fuck you ('allez-vous faire foutre')".

La vidéo avait été précédée de deux tweets. L'un adressé au site officiel du président Sissi comportant ces mêmes mots et l’autre aux sites officiels des deux présidents américain et égyptien.

(Le régime égyptien est insulté par ce que je dis. Va te faire foutre Sissi. J'espère que tu sais que tu ne peux pas dicter à mon père ce que je fais. Libère mon frère et renvoie-le sain et sauf à la maison. On n'est pas dans la jungle.

Dans ce dernier, il ajoute à l’adresse de @realDonaldTrump que des menaces lui sont parvenues de l’ambassade "qui se trouve près de la Maison Blanche" et que sa fille, âgée de seize ans, "pleure parce que son oncle a été séparé de sa grand-mère".

Cette reprise de service de Wael Ghonim sur les réseaux sociaux intervient quelques jours après la campagne "ça suffit comme ça Sissi" lancée sur les mêmes réseaux par l’entrepreneur en bâtiment, Mohamed Ali, accusant Abdel Fattah al-Sissi et l’armée égyptienne de corruption.

Une campagne que le cyberactiviste mentionne d'ailleurs, tout en accusant l’entrepreneur de l’avoir menée dans son propre intérêt. Dans un message posté sur Facebook, il reproche à Mohamed Ali de s’en prendre à ses anciens associés "parce qu’ils se sont moqués de toi", lui dit-il. "Tu sais très bien que s’ils t'avaient parlé avant tes vidéos et donné tout l’argent que tu voulais on n’aurait jamais entendu parler de tes vidéos, toi l’homme aux principes en plastique", lui a-t-il rappelé.

Les autorités égyptiennes ont pris soin de rejeter les accusations de Mohamed Ali, mais n’ont pas réagi aux accusations de pressions sur la famille de Wael Ghonim, ni démenti l’arrestation de son frère.

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