Egypte : figure de la révolte de 2011, Alaa Abdel Fattah est une nouvelle fois arrêté

Le blogueur et activiste égyptien Alaa Abdel Fattah lors d\'une interview à son domicile, le 17 mai 2019.
Le blogueur et activiste égyptien Alaa Abdel Fattah lors d'une interview à son domicile, le 17 mai 2019. (KHALED DESOUKI / AFP)

Le tour de vis sécuritaire du président Abdel Fattah al-Sissi frappe une icône du soulèvement de 2011 et l'arrestation d'un étudiant soudanais provoque une crise avec Khartoum. 

Le militant Alaa Abdel Fattah, figure de la révolte de 2011 en Egypte libéré en mars sous contrôle judiciaire, a été de nouveau arrêté le 29 septembre 2019, ont indiqué sa famille et une source judiciaire. Son avocat Mohamed al-Baqer a également été arrêté le jour même, selon l'ONG, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux.

"Le procureur général a fini d'interroger Alaa Abdel Fattah (...) et interroge désormais son avocat qui a été arrêté alors qu'il assistait à l'interrogatoire" de son client, selon l'ONG. Me Baqer est également le directeur du Centre pour les libertés et les droits, une autre ONG égyptienne.

Arrêté une deuxième fois sans explications à la famille

Aujourd'hui âgé de 37 ans, Alaa Abdel Fattah avait été arrêté en 2013 pour avoir manifesté contre une loi rendant quasi-impossibles les manifestations en Egypte. Il avait été libéré en mars, mais était toujours astreint à un strict contrôle judiciaire de cinq ans : il devait retourner tous les soirs à 18h dormir au poste de police de Dokki pour en sortir à 6h.

Dimanche 29 septembre au matin, lorsqu'il n'a pas réapparu, sa mère, Laila Seif, s'est rendue au poste de police, mais n'a pu y entrer, ni obtenir d'explications des policiers à l'entrée. "Nous ne savons pas où est Alaa... Le poste de police dit qu'il est probablement au parquet de la sécurité d'Etat", a déclaré sur Twitter sa sœur, Mona Seif, également militante politique.

(Un premier jour se lève depuis que notre ami bien aimé le puissant avocat Mohamed al-Baqer a été placé en détention)

Le blogueur avait été menacé par des officiers de sécurité

Militant politique et blogueur ainsi que programmeur informatique, M. Abdel Fattah avait dit à l'AFP en juin que des officiers de la sécurité nationale avaient menacé de le remettre en détention s'il s'exprimait publiquement.

Surnommé "l'icône de la révolution" de 2011, qui a provoqué la chute du régime de Hosni Moubarak, Alaa Abdel Fattah avait continué de s'exprimer sur les réseaux sociaux, sous le gouvernement autoritaire du président Abdel Fattah al-Sissi. Il défendait notamment les droits d'autres anciens détenus, également contraints de passer leurs nuits derrière les barreaux après leur sortie de prison.

Ces derniers jours, il avait commenté sur Twitter des manifestations anti-Sissi en Egypte en réponse à l'appel d'un businessman en exil qui accuse le président de corruption. Des manifestations contre le président Sissi d'une ampleur limitée ainsi que des rassemblements de soutien s'étaient déroulées le 27 septembre, une semaine après la mobilisation inédite de centaines de personnes contre le pouvoir.

Un tour de vis sécuritaire qui provoque des remous avec Khartoum

Environ 2000 personnes avaient été arrêtées préventivement au cours de la semaine passée. Un tour de vis sécuritaire au cours duquel un étudiant soudanais, qui avait pris part à ces manifestations, a été arrêté entraînant une polémique avec Khartoum.

Des Soudanais manifestent devant le ministère des Affaires étrangères à Khartoum, le 29 septembre 2019, pour demander la libération de l\'étudiant Walid Abdelrahmane, arrêté en gypte.
Des Soudanais manifestent devant le ministère des Affaires étrangères à Khartoum, le 29 septembre 2019, pour demander la libération de l'étudiant Walid Abdelrahmane, arrêté en gypte. (ASHRAF SHAZLY / AFP)

Le Soudan a en effet convoqué le 29 septembre l'ambassadeur d'Egypte pour protester contre l'arrestation de Walid Abdelrahmane tandis que des dizaines de Soudanais manifestaient à Khartoum appelant à sa libération.

Dans un communiqué, les Affaires étrangères soudanaises ont précisé avoir fait part à l'ambassadeur d'Egypte "de l'inquiétude de la famille de Walid Abdelrahmane au sujet de sa détention", et protesté contre le refus des autorités égyptiennes d'autoriser l'ambassade soudanaise au Caire à le voir.

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