De sa cellule, Karim Tabbou, figure du Hirak, appelle les Algériens à "garder espoir"

Portrait de Karim Tabbou brandi par les manifestants lors d\'un rassemblement dans les rues d\'Alger, le 27 septembre 2019, au lendemain de son arrestation. Karim Tabbou est devenu l\'un des principaux visages du Hirak, le mouvement de contestation algérien. 
Portrait de Karim Tabbou brandi par les manifestants lors d'un rassemblement dans les rues d'Alger, le 27 septembre 2019, au lendemain de son arrestation. Karim Tabbou est devenu l'un des principaux visages du Hirak, le mouvement de contestation algérien.  ((RYAD KRAMDI / AFP))

Alors que le président algérien examinerait la possibilité d'une grâce présidentielle, Karim Tabbou ne lâche rien et dit sa confiance dans l'émergence d'une "vraie nouvelle Algérie".

L'opposant algérien Karim Tabbou, figure du mouvement populaire de contestation (Hirak), exhorte ses compatriotes, dans une lettre écrite en prison, à "garder espoir" et dénonce durement un régime "en décomposition". La lettre de M. Tabbou, relayée mercredi 3 juin par plusieurs sites d'information bloqués ces dernières semaines en Algérie, a été publiée sur son compte Facebook par son frère, qui l'a reçue de ses avocats.

Une réponse à une possible grâce présidentielle

Elle apparaît comme une réponse, voire une rebuffade, à l'annonce surprise le 2 juin d'un responsable politique, Sofiane Djilali, selon lequel le président Abdelmadjid Tebboune s'apprêterait à faire libérer prochainement Karim Tabbou et un autre opposant, Samir Benlarbi.

M. Djilali, chef du petit parti d'opposition Jil Jadid ("Nouvelle Génération"), a affirmé que M. Tebboune lui avait assuré qu'il userait de ses "prérogatives constitutionnelles pour que Karim Tabbou et Samir Benlarbi retrouvent leur liberté", après avoir intercédé en leur faveur auprès du chef de l'Etat.

Le porte-parole de M. Tebboune, Belaïd Mohand-Oussaïd, a confirmé le lendemain au quotidien francophone Liberté que "le président étudiera cette demande conformément à la loi et dans le cadre du respect strict de l'indépendance de la justice".

Dans sa lettre, écrite en français et qui répond à des messages de bons vœux à l'occasion de son anniversaire, Karim Tabbou, 47 ans, fustige les "faux militants", qualifiés d'"opportunistes combinards" et les "marionnettes politiques prêtes à tous les emplois".

Incarcéré à la prison de Koléa depuis septembre 2019, à l'ouest d'Alger, le militant décrit la "vraie nouvelle Algérie", démocratique, et qui "donne la prime au droit" pour laquelle "nous nous battons".

Lors de son élection en décembre 2019, marquée par une abstention record, M. Tebboune avait promis une "nouvelle Algérie" après les 20 ans au pouvoir de l'ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika.

Aucune compromission

Karim Tabbou promet dans sa lettre des "jours meilleurs, (et des) senteurs de liberté qui dissiperont toute cette puanteur d'un régime finissant et en décomposition."

L'opposant doit être jugé le 29 juin pour "atteinte au moral de l'armée", un procès maintes fois reporté. Il est emprisonné depuis septembre dernier pour une autre affaire dans laquelle il a été condamné en appel le 24 mars à un an de prison ferme pour "atteinte à l'intégrité du territoire national".

Karim Tabbou est un des visages familiers, sinon le plus connu, du Hirak qui a ébranlé le pouvoir pendant plus d'un an jusqu'à sa suspension mi-mars en raison de la pandémie de Covid-19.

Chef d'un petit parti d'opposition non enregistré, l'Union démocratique et sociale (UDS), son portrait était régulièrement brandi lors des manifestations hebdomadaires et il est devenu le symbole du mouvement sur la scène internationale.

Libération de tous les prisonniers d'opinion

Plusieurs ONG algériennes et internationales réclament sa libération "sans condition", ainsi que celle "de tous les prisonniers et prisonnières d'opinion incarcérés" en Algérie. Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), une association de soutien, une soixantaine de personnes sont actuellement détenues pour des faits liés au Hirak.

Le Hirak réclame un changement du "système" en place depuis l'indépendance du pays en 1962. En vain jusqu'à présent, même s'il a obtenu en avril 2019 le départ de M. Bouteflika.

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