De l'argent saoudien pour l'ancien dictateur soudanais Omar al-Béchir?

L\'ancien président soudanais Omar el-Béchir à l\'ouverture de son procès à Khartoum le 19 août 2019
L'ancien président soudanais Omar el-Béchir à l'ouverture de son procès à Khartoum le 19 août 2019 (EBRAHIM HAMID / AFP)

Le procès de l'ex-homme fort du Soudan, renversé par l'armée en avril 2019, a commencé le 19 août à Khartoum. 

Omar el-Béchir, au pouvoir durant trois décennies au Soudan, a reconnu avoir perçu 90 millions de dollars en espèces de l'Arabie saoudite, a rapporté un enquêteur à l'ouverture du procès pour corruption du président déchu à Khartoum le 19 août. Le début de cette procédure judiciaire était initialement prévu deux jours plus tôt. Elle reprendra le 24 août. 


L'ouverture du procès de l'ancien dictateur intervient alors qu'un accord a été signé entre généraux au pouvoir et contestataires. Des milliers de Soudanais ont célébré cet accord historique

"Possession de devises étrangères, de corruption" et trafic d'influence

L'ex-chef de l'Etat, âgé de 75 ans, a été escorté devant le tribunal par un imposant convoi militaire, a constaté un journaliste de l'AFP. Il a pris place dans une cage en métal, mal rasé et vêtu d'une robe blanche traditionnelle. Ses proches dans la salle ont scandé "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand), auquel il a fait écho. Il a été informé par le parquet qu'il faisait face à des accusations de "possession de devises étrangères, de corruption" et de trafic d'influence. Il est apparu calme tout au long des trois heures d'audience. 

Durant l'audience, le brigadier Ali, chargé de l'instruction, a détaillé les aveux d'Omar el-Béchir sur le versement d'importantes sommes d'argent saoudien en espèces, à hauteur de 90 millions de dollars. Il a rappelé que de vastes sommes avaient été retrouvées dans la résidence de l'ancien président après sa destitution. Fin avril, le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, avait affirmé que l'équivalent de plus de 113 millions de dollars avaient été saisis en liquide dans la résidence de l'ex-président à Khartoum.

"L'accusé nous a dit (...) qu'une somme de 25 millions de dollars lui avait été envoyée par le prince (héritier saoudien) Mohammed ben Salmane hors budget de l'Etat", a déclaré l'enquêteur. Il a également indiqué qu'Omar el-Béchir avait reconnu avoir reçu deux paiements de 35 et de 30 millions de dollars du roi Abdallah d'Arabie saoudite, décédé en 2015. Selon cet enquêteur, l'accusé a admis qu'il décidait de l'utilisation de ces sommes, qu'elles avaient effectivement été dépensées. Mais qu'il ne se rappelait pas précisément comment et ne disposait d'aucun document.

Crimes de guerre

En mai, le procureur général avait par ailleurs déclaré que M. Béchir avait été inculpé pour des meurtres commis lors des manifestations contre son régime qui avaient conduit à son éviction, sans préciser quand il devrait répondre de cette accusation. Ce procès au Soudan ne concerne pas les lourdes accusations de crimes portées contre l'ex chef d'Etat par la Cour pénale internationale (CPI) depuis une décennie.

Amnesty International a récemment averti que son procès pour corruption ne devait pas détourner l'attention des accusations plus lourdes auxquelles l'ancien dirigeant est confronté à La Haye. Omar el-Béchir, qui a dirigé le pays d'une main de fer après un coup d'État soutenu par les islamistes en 1989, fait l'objet de mandats d'arrêt internationaux de la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au cours de la guerre au Darfour (ouest du pays). Une rébellion avait éclaté dans cette région en 2003.

Selon l'ONU, le conflit a fait plus de 300 000 morts et environ 2,7 millions de déplacés. Des centaines de milliers de personnes vivent encore dans des camps misérables et appauvris, rapporte par ailleurs l'organisation internationale.

La CPI exige depuis des années qu'Omar al-Béchir soit jugé et a renouvelé son appel depuis sa chute. De son côté, Amnesty a exhorté les nouvelles institutions de transition au Soudan à ratifier le Statut de Rome de la CPI, ce qui permettrait de transférer l'ancien dirigeant à ce tribunal international.

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