Dans le nord-ouest du Nigeria, la violence des groupes criminels va crescendo

A un point d\'eau à Gamboru Ngala, dans l\'Etat du Borno, au Nigeria, le 27 avril 2017.
A un point d'eau à Gamboru Ngala, dans l'Etat du Borno, au Nigeria, le 27 avril 2017. (REUTERS - AFOLABI SOTUNDE / X02098)

L'évolution de la situation dans une région où agriculteurs et éleveurs se disputent les terres et l'eau inquiète les observateurs.

Depuis le 25 mai 2020, une centaine de villageois ont été tués par des "bandits", dans l'Etat de Sokoto (nord-ouest du Nigeria). Cette région est devenue le théâtre d'intenses violences qui inquiètent les spécialistes de la sécurité dans la région. Jusqu'à présent, ces groupes de bandits ne se revendiquaient d'aucune idéologie particulière. Mais pour certains observateurs, cette région pourrait devenir une "passerelle" avec les mouvements jihadistes du Sahel et du lac Tchad.

"Nous avons retrouvé 74 corps dans les cinq villages qui ont été attaqués" le 27 mai, a rapporté le lendemain à l'AFP Lawal Kakale, chef communautaire pour le district de Sabon Birni, près de la frontière avec le Niger, à 175 km de Sokoto, la capitale de l'Etat. Un précédent bilan de source hospitalière à Sabon Birni faisait état de 60 morts et de "nombreux blessés par balles""25 personnes ont été tuées à Garki, 13 à Dan Aduwa, 25 à Kuzari, 7 à Katuma et 4 à Masawa", a énuméré ce dirigeant traditionnel. Les habitants ont fui "dans toutes les directions et ont été poursuivis par les assaillants tout autour des villages."

Extrême violence

"C'est pour cela que les chiffres ne cessent d'augmenter", a-t-il ajouté. Les victimes commencent à être enterrées dans cette région très majoritairement musulmane, a-t-il précisé.

Lors des attaques du 27 mai, toutes les victimes "ont été abattues par balles, et la plupart ont été visées à la tête", a rapporté une autre source hospitalière, laissant en imaginer la violence. Des dizaines d'hommes armés sont arrivés à moto dans plusieurs villages du district de Sabon Birni. Ils ont alors ouvert le feu aux alentours de 20h (19h GMT) sur les maisons où vivent des petits agriculteurs et des éleveurs de bétail, a expliqué à l'AFP un chef traditionnel local.

Ces attaques, particulièrement meurtrières, s'ajoutent à d'autres commises dans le même district le 25 mai. Selon des sources locales, 18 personnes avaient alors été tuées.

8 000 morts depuis 2011

Depuis de nombreuses années, le nord-ouest du Nigeria est le foyer de groupes criminels, appelés communément "bandits". Ceux-ci terrorisent les populations, commettent des attaques contre les civils pour voler le bétail ou les terres. Ils se livrent aussi à des enlèvements contre rançon.

Depuis 2011, ces violences ont causé la mort de quelque 8 000 personnes et entraîné le déplacement de plus de 200 000 civils, selon les estimations des chercheurs de l'International Crisis Group (ICG). "La majorité des attaques ont eu lieu dans l'Etat de Katsina. Mais maintenant, les violences s'étendent aux autres Etats voisins", a expliqué à l'AFP Nnamdi Obasi d'ICG pour le Nigeria.

Jusqu'à présent, ces groupes n'agissaient apparemment sous aucune influence idéologique. Mais l'ICG et divers observateurs en sécurité s'inquiètent que le nord-ouest du Nigeria puisse devenir une "passerelle" entre les différents mouvements jihadistes du Sahel et de la région du lac Tchad, à l'est du Nigeria, où sévit Boko Haram. Deux groupes émanant de Boko Haram, Ansaru, lié à Al-Qaïda, et le groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), "gagnent du terrain dans la région, en tissant des liens importants avec les populations locales, les groupes armés d'éleveurs nomades et les bandes criminelles", note l'ICG.

Agriculteur dans l\'Etat du Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, le 22 avril 2019
Agriculteur dans l'Etat du Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, le 22 avril 2019 (LUIS TATO / AFP)

"Les soldats venus du Niger sont ceux qui nous aident à nous protéger des bandits"

L'aviation nigériane mène des raids depuis quelques jours, notamment dans les Etats voisins de Zamfara et Katsina. Elle a affirmé avoir tué des centaines de combattants dans des bombardements ciblés. 

Toutefois, des sources locales dans l'Etat de Sokoto ont affirmé à l'AFP que les villageois devaient faire appel aux soldats du Niger voisin pour les protéger. "Les soldats venus du Niger sont ceux qui nous aident à nous protéger des bandits", affirme un chef traditionnel. Un responsable politique local tient des propos similaires, aussitôt démentis par les autorités nigérianes. "L'armée nigériane est surmenée et déployée sur de nombreux fronts. Mais l'Etat nigérian doit renforcer la sécurité de son territoire, notamment le long de ses frontières", explique Ndamdi Obasi d'ICG.

Dans certains Etats, les autorités ont tenté de mener des pourparlers de paix entre les civils organisés en milices d'autodéfense et les bandits. Mais jusqu'à présent, les deux camps refusent de déposer les armes, dans un contexte incertain.

Pour l'instant, l'établissement d'"une paix durable est un objectif inaccessible", constate l'étude d'International Crisis Group citée plus haut. Selon cette source, la violence est liée à la compétition pour les terres et pour l'eau "que se livrent les éleveurs, majoritairement des Peuls, et les agriculteurs, principalements des Haoussas. Elle s'est intensifiée avec l'extension du crime organisé".

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