Corruption en Afrique du Sud : l'ex-président Jacob Zuma cesse de coopérer à l'enquête

L\'ancien président sud-africain Jacob Zuma, 77 ans, comparaît le 17 juillet 2019 devant la commission d\'enquête sur la corruption pendant sa présidence.
L'ancien président sud-africain Jacob Zuma, 77 ans, comparaît le 17 juillet 2019 devant la commission d'enquête sur la corruption pendant sa présidence. (POOL NEW / X80003)

Se disant victime de parti pris, l'ancien président sud-africain a décidé de ne plus être interrogé sur la corruption pendant son mandat de 2009 à 2018.

Trois petits tours et puis s'en va. A peine la commission d'enquête sur la corruption pendant les neuf années de son mandat (2009-2018) avait-elle commencé le 15 juillet 2019, que Jacob Zuma, 77 ans, entendu comme principal témoin, a choisi de ne plus y participer 48h plus tard.

Dès le premier jour des auditions, l'ancien chef de l'Etat, qui déposait de son plein gré, a affirmé que la commission avait été mise en place pour creuser sa "tombe" et n'a cessé de crier à la "conspiration". Englué dans les scandales, M. Zuma, poussé à la démission en février 2018, a été remplacé par le nouveau patron de l'ANC, Cyril Ramaphosa, qui a promis, depuis, de tourner la page calamiteuse de la corruption qui gangrène le pays.

L'emprise de la famille Gupta

Un rapport officiel très compromettant détaille comment une fratrie d'hommes d'affaires d'origine indienne, les Gupta, a pillé les ressources publiques, avec la complicité de Jacob Zuma, et participait à la gestion des affaires de l'Etat, notamment la nomination de ministres.

Ainsi, le 16 juillet, l'ex-président a été longuement interrogé sur le témoignage, devant la même commission en août 2018, d'un ancien directeur des services de communication de son gouvernement, Themba Maseko. Celui-ci assure avoir été congédié pour s'être opposé aux exigences de la sulfureuse fratrie Gupta. Il accuse aussi l'ancien président d'avoir fait pression sur lui pour appuyer les desiderata des Gupta. Pressé de questions sur cet épisode, Jacob Zuma a répondu en avoir gardé peu de souvenirs. "Je ne me souviens pas des détails", "je ne sais plus", "je ne suis pas en mesure de répondre", a-t-il répété.

"Traité en accusé"

Mais le lendemain, coup de théâtre : jugé trop insistant par son avocat, Me Muzi Sikhakhane, l'interrogatoire de l'homme politique est suspendu. Jacob Zuma se plaint du ton des questions qui lui sont posées.

Enfin, le 19 juillet, l'ancien président décide de ne plus coopérer du tout à l'enquête sur la corruption. "Depuis le début, notre client a été traité en accusé", a déclaré son avocat, incriminant sous les applaudissements de membres du public "un processus politique où la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite".

Eventuelles poursuites

Depuis août 2018, ministres, fonctionnaires, chefs d'entreprise se succèdent devant cette commission spéciale, présidée par le vice-président de la Cour constitutionnelle, Raymond Zondo. Nombre de témoignages, souvent diffusés en direct à la télévision, sont accablants pour Jacob Zuma.

Une fois ses auditions terminées, dans un an environ, sans avoir le pouvoir d'inculper, la commission anticorruption doit rendre ses conclusions qui pourront être transmises au parquet pour d'éventuelles poursuites.

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