Coronavirus : en Afrique du Sud, l'interdiction de la cigarette une nouvelle fois en procès

Des cigarettes dans une usine de British American Tobacco en avril 2014.
Des cigarettes dans une usine de British American Tobacco en avril 2014. (MICHAELA REHLE / X01425)

Cette fois, c'est la filiale sud-africaine du géant du tabac British American Tobacco qui réclame la fin de la mesure.

D'un côté il y a la santé publique. Le risque pour les fumeurs de contracter des formes sévères d'insuffisance respiratoire en cas d'atteinte par le coronavirus. Des malades, qui vont occuper des lits en soin intensifs, qu'on pourrait éviter.

De l'autre, il y a un secteur entier de l'économie aujourd'hui à l'arrêt et une contrebande florissante qui profite du bannissement de la vente du tabac.

L'interdiction de la vente des cigarettes est entrée en vigueur le 27 mars en même temps que le strict confinement imposé aux 57 millions de Sud-Africains pour enrayer la propagation du Covid-19. La vente d'alcool était également interdite, puis finalement autorisée, sauf le week-end.

Un allègement des mesures dont n'a pas bénéficié le tabac. Au contraire, la question est devenue centrale, tant lors de procès, qu'à cause de cafouillages des autorités. Ainsi le 23 avril, le président Ramaphosa annonçait la levée de l'interdiction, pour faire machine arrière six jours plus tard, sous la pression semble-t-il des anti-tabac du gouvernement.

L'Association indépendante et équitable du tabac (Fita), qui représente les fabricants de cigarettes, a alors saisi la justice, mais a été déboutée. Une  procédure d'appel est en cours.

"Mesure anticonstitutionnelle"

Cette fois c'est British American Tobacco, le géant de l'industrie du tabac et numéro un dans le pays (les trois-quarts des ventes), qui est venu en solo plaider l'annulation de la mesure devant la Haute Cour du Cap, par le biais de sa filiale BATSA. Les arguments sont toujours les mêmes ou presque.

Ainsi selon l'avocat de BATSA Alfred Cockrell, la mesure est anticonstitutionnelle. Elle prive les habitants d'une partie de leurs droits. "Les consommateurs ont le droit de faire ce qu'ils veulent chez eux". Et d'ajouter qu'avant l'épidémie bien que le tabac était considéré déjà comme nocif, les adultes étaient pourtant autorisés à fumer.

L’avocat relativise également l'impact sanitaire du tabagisme dans l'épidémie grâce à des calculs maisons. L’interdiction libérerait moins de 16,4 lits de soins intensifs par jour. Et rien ne démontre le lien entre le tabagisme et les cas sévères de la maladie.

Recettes fiscales en berne

Alfred Cockrell évoque aussi les affaires, à commencer par celles de l'Etat. Il met en avant le manque à gagner fiscal de la mesure. 38 millions de rands (environ 2 millions d'euros) de taxes sont ainsi perdus chaque jour a-t-il prétendu.

Et bien évidemment toute l'industrie du tabac est menacée. Du petit revendeur au planteur, qui ne peut plus vendre sa production, en passant bien sûr par BATSA... Selon les cigarettiers, plus de 100 000 emplois directs sont menacés, auxquels il faut ajouter 179 000 grossistes et détaillants.

Le marché noir prospère

Tax Justice Network, une ONG qui lutte contre la fraude fiscale, s'invite également dans le débat et soutient l'industrie du tabac. "Malgré l'interdiction les fumeurs ont continué de fumer, achetant des cigarettes à des prix astronomiques via des réseaux criminels" écrit Yusuf Abramjee, le fondateur de l'ONG." Nous avons déjà perdu 4,5 milliards de rands alors que des enfants ont faim. Les criminels en ont gagné 13 alors que des milliers d'honnêtes citoyens ont perdu leur emploi".

Des arguments mainte fois répétés par ceux qui veulent la suppression de la mesure d'interdiction de vente des cigarettes. Et une nouvelle fois il est peu probable qu'ils soient retenus par la justice, alors que l'épidémie est toujours très active en Afrique du Sud.

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