Conflit au Tigré : le calvaire des Ethiopiens âgés refugiés au Soudan

Depuis l'offensive des troupes éthiopiennes au Tigré, début novembre, 50000 personnes ont fui le pays vers le Soudan.

15000 personnes ont trouvé refuge dans le camp d'Oum Raquba dans l'est du Soudan, à 80 km de la frontière. Ce camp tentaculaire a été construit au début des années 1980 pour secourir les habitants qui fuyaient la famine en Ethiopie. Selon l'ONU, près de 4% des réfugiés ont plus de 60 ans, voire plus de 70 ans. Certains d’entre eux sont arrivées seuls et ont perdu la trace de leurs proches, explique l’AFP.

La journaliste Serene Assir et le photographe Yasuyoshi Chiba sont allés à leur rencontre.

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Asafu Alamaya a 80 ans et est aveugle depuis cinq ans. Quand les forces fédérales ont mené une opération meurtrière dans son village de Humera pour chasser les dirigeants de la région issus du Front de libération du peuple du Tigré, elle ne voulait pas partir de chez elle. Elle a supplié ses filles de fuir avec leurs enfants et de la laisser mourir. Mais hors de question pour elles d'abandonner leur mère. Pendant leur fuite, sous les bombes, elles se sont relayées avec d'autres réfugiés jusqu'à la rivière Sitet séparant l'Ethiopie du Soudan pour la tenir par la main ou la porter quand elle tombait.    YASUYOSHI CHIBA / AFP
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Après avoir traversé la rivière, elles ont rejoint le camp de réfugiés d'Oum Raquba. Dans cet endroit insalubre, resté abandonné pendant des années, elles ont trouvé refuge dans un abri de fortune fait de bâches en plastique et de bois. "Le trajet a été très difficile. Mais mes enfants m'ont aidée, ils m'ont portée jusqu'ici", raconte l'octogénaire a un autre réfugié qui essaie de la réconforter.    YASUYOSHI CHIBA / AFP
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Chaque jour, Asafu Alamaya pleure car elle veut retourner dans sa maison où elle se sentait en sécurité. Ironie du sort, elle se souvient qu’il y a quarante ans, c'est elle qui avait tenu par la main ses filles jusqu'à ce camp pour fuir la famine. Maintenant, elle dépend totalement de ces dernières. "A mon âge, je ne devrais pas être ici. Je suis juste en train de fatiguer mes enfants. Si j'étais à la maison, je n'aurais besoin de personne", confie-t-elle à l'AFP.    YASUYOSHI CHIBA / AFP
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Sa fille, Sandayo Saggai, 47 ans, raconte : "C'est notre mère. Elle nous a allaitées, elle nous a élevées. Nous ne pouvions pas la laisser. Nous avons pensé : "Si elle arrive à destination, tant mieux, si elle meurt sur la route, nous ses enfants l'enterrerons en chemin. Soit nous vivons ensemble, soit nous mourons ensemble."      YASUYOSHI CHIBA / AFP
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Walagabriel Sium, agriculteur de 73 ans, est également refugié. Pour lui, c'est un véritable calvaire d’être ici. Chaque jour, il est obligé de faire la queue pour obtenir de la nourriture et de l'eau. Arrivé seul, il n’a pas obtenu immédiatement un abri, car les habitations de fortune sont d’abord conçues pour les familles. Depuis son arrivée, il cherche désespérément ses enfants à qui il "n'arrête pas de penser", mais il ne peut pas les contacter car les communications au Tigré sont coupées. "Je n'aurais jamais imaginé que je finirais comme ça. J'avais tout chez moi. Tout ce que je veux, c'est un matelas pour dormir et de l'eau à boire", se lamente-t-il après avoir dormi sans couverture, à même le sol, durant 17 nuits à la belle étoile.      YASUYOSHI CHIBA / AFP
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Arrafu Mbaye a 70 ans et porte toujours un chapelet de bois autour du cou. Alors qu’elle tisonne les braises d'un feu pour faire la cuisine, elle explique être arrivée avec son fils qui, lui, n'a pas de nouvelles de sa femme et de ses enfants. Folle d'inquiétude pour ses petits-enfants, elle cherche du réconfort dans la prière. "A mon âge, je ne devrais pas avoir à courir ou traverser une rivière. Je devrais prier dans mon église. Mais je dois accepter la volonté de Dieu", se désole-t-elle.    YASUYOSHI CHIBA / AFP
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Dans une clinique du camp, un infirmier du groupe humanitaire Mercy Corps, affirme que les personnes âgées ont besoin de "plus de soins" car "les conditions sont très difficiles" notamment avec le froid la nuit. Elles ont difficilement accès aux médicaments, "surtout pour les maladies chroniques comme l'hypertension ou le diabète", dit-il. Mais le directeur du camp, Abdel Basset Abdel Ghani, assure à l'AFP que les autorités soudanaises prévoient de construire un abri pour les réfugiés âgés qui arrivent seuls.   YASUYOSHI CHIBA / AFP
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