Comores: un référendum à hauts risques

Le président comorien Azali Assoumani le 23 juillet 2018
Le président comorien Azali Assoumani le 23 juillet 2018 (YOUSSOUF IBRAHIM / AFP)

Les 300.000 électeurs des Comores sont appelés, le 30 juillet 2018, à se prononcer par référendum sur une réforme constitutionnelle contestée. Laquelle permettrait au président Azali Assoumani de prolonger son mandat, dans un contexte de vives tensions politiques. Attisées notamment par ce dernier.


Elu en 2016, le chef de l'Etat a créé la surprise il y a trois mois dans le petit archipel de l'océan Indien en annonçant une réorganisaion des pouvoirs publics. La principale disposition de son projet modifie le régime de la présidence tournante, adopté en 2001 pour ramener un peu de stabilité dans un pays secoué par une longue série de crises séparatistes et de coups d'Etat.

Ce système attribue successivement tous les cinq ans à une des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli et Anjouan) le pouvoir d'élire le président du pays pour un seul quinquennat. Si la réforme est adoptée, le chef de l'Etat pourra désormais effectuer deux mandats de cinq ans consécutifs.

Outre cette disposition très controversée, le projet défendu par Azali Assoumani prévoit la suppression des trois postes de vice-présidents, la fin de la Cour constitutionnelle. Et l'instauration de l'islam en «religion d'Etat». L’article 97 stipule ainsi: «L’Etat puise dans cette religion les principes et règles d’obédience sunnites et de de rites chaffiites (le chaféisme est l’une des quatre écoles de jurisprudence de l’islam sunnite, NDLR) qui régissent le culte et la vie sociale.»

Pour certains, cette mention très claire au sunnisme viserait explicitement la minorité chiite (d’origine indienne). «Une minorité continuellement visée par le président de la République, qui n’a pas hésité à déclarer le 17 juillet qu’il voudrait les voir "tous expulsés"», rappelle Le Monde. Et ce, alors que «les Comores, très liées à l’Arabie Saoudite, ont clairement pris position contre le Qatar et l’Iran à majorité chiite», observe RFI. L’allusion pourrait aussi viser l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi, chef du parti Juwa et prédécesseur d’Azali Assoumani, considéré comme proche de la République islamique.

L\'ancien président comorien Ahmed Abdallah Sambi le 20 mai 2018 à Moroni, capitale des Comores
L'ancien président comorien Ahmed Abdallah Sambi le 20 mai 2018 à Moroni, capitale des Comores (YOUSSOUF IBRAHIM / AFP)

«Ce que bon lui semble»
Tout au long de sa campagne, le président comorien a présenté sa réforme comme une «révolution» qui doit permettre de «lever les obstacles sur la route du développement du pays», l'un des très pauvres de l'Afrique sub-saharienne. Mais son initiative a suscité la colère de ses adversaires, qui y voient une nouvelle preuve de la dérive autoritaire, selon eux, de son gouvernement.
 
Azali Assoumani leur a lui-même donné du grain à moudre en faisant savoir qu'en cas de victoire du «oui» le 30 juillet, il remettrait son mandat en jeu lors d'élections anticipées dès 2019. Une Constitution réformée l'autoriserait en théorie à rester au pouvoir jusqu'en 2029.

Jugeant cette réforme «illégale», l'opposition a refusé de participer à la campagne référendaire.
 
«Le président Azali veut se tailler une Constitution sur mesure qui lui permet de faire ce que bon lui semble», a dénoncé le secrétaire général du parti Juwa, Ahmed el-Barwane. «Nous appelons (…) les électeurs à ne pas se rendre dans les bureaux de vote», a-t-il déclaré le 27 juillet à l'AFP. Il a prédit «des échauffourées, des troubles dans les bureaux de vote, des problèmes sur les routes».

Le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou a balayé ces menaces d'un revers de main. «Les Comores sont un pays stable et paisible. Je ne suis pas inquiet», a-t-il assuré à l'AFP. «Nous ne laisserons pas le désordre s'installer dans le pays. Ces gens-là devront s'expliquer, les sanctions seront à la hauteur de leurs actes», a ajouté, plus menaçant, le ministre.
           
Originaire de Grande-Comore, le colonel Azali, 59 ans, avait déjà occupé la fonction suprême de 1999 à 2006 à la suite d'un putsch, avant de rendre démocratiquement le pouvoir. Son élection il y a deux ans avait été entachée de violences et d'accusations de fraude.
           
«Dérive dangereuse»
Entre autres «abus de pouvoir» depuis son retour aux affaires en 2016, ses rivaux lui reprochent la suspension en avril de la Cour constitutionnelle, qualifiée par son porte-parole de «superflue et incompétente».
           
Le mois suivant, il a ordonné l'assignation à résidence d’Ahmed Abdallah Sambi, mis en cause pour avoir troublé l'ordre public et son implication présumée dans un trafic de passeports.
 
Manifestation de l\'opposition à Moroni le 13 juillet 2018
Manifestation de l'opposition à Moroni le 13 juillet 2018 (YOUSSOUF IBRAHIM / AFP)

La répression de manifestations de l'opposition, sanctionnées par l'arrestation de plusieurs de ses partisans, a encore contribué à attiser les tensions dans l'archipel. Même l'un des vice-présidents, Ahmed Saïd Jaffar, s'en est inquiété. «La Loi fondamentale a été piétinée», a-t-il déploré. Avant d'appeler ses compatriotes «à refuser cette dérive dangereuse et à exiger le respect de la loi».
           
En représailles, le président l'a immédiatement privé de ses attributions. Dernier signe en date des crispations politiques en cours, le vice-président Abdou Moustoidrane a échappé il y a une semaine à un attentat alors qu'il se rendait dans son village natal de l'île d'Anjouan. Sa voiture a été criblée de balles. L'attaque n'a pas été revendiquée. Mais certains ont rapidement remarqué qu'il défendait le référendum présidentiel.
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