Bénin : les violences provoquent "une panique totale" dans le centre du pays

Une vue de la ville béninoise de Save désertée par la population le 14 juin 2019 en raison des violences.
Une vue de la ville béninoise de Save désertée par la population le 14 juin 2019 en raison des violences. (YANICK FOLLY / AFP)

Depuis cinq jours, des affrontements opposent les forces de sécurité et des opposants béninois sur fond de rivalité entre l’actuel président Patrice Talon et son prédécesseur Thomas Boni Yayi

Les violences ont éclaté le 11 juin à Tchaourou, commune d’origine de l’ancien chef de l’Etat Boni Yayi dans le centre du pays après l’arrestation de deux personnes, accusées de violences électorales lors des législatives du 28 avril. Les populations se sont soulevées. Elles ont bloqué la route nationale en dénonçant des "arrestations arbitraires".

Des tirs nourris entre forces de l’ordre et manifestants

Des tirs nourris ont été entendus au cours des affrontements qui ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants, qualifiés d’assaillants par le ministre béninois de l’intérieur, Sacca Lafia. Ce dernier a fait état d’une cinquantaine de blessés parmi les forces de défense et de sécurité. Les rares habitants qui n’ont pas fui la localité de Tchaourou vers les campagnes et que l’AFP a pu contacter, ont fait état de "plusieurs morts par balles" et de blessés graves.

Depuis jeudi, les violences se sont propagées dans la comme de Saké, à une centaine de kilomètres plus au sud. De nouveaux échanges de tirs entre policiers et "des individus masqués" ont été entendus samedi matin selon le maire de la commune de Save, Thimothée Biaou. Il a fourni un bilan de deux morts et sept blessés.

La route a été bloquée. C'est la panique totale. Beaucoup de gens ont fui, les autres restent terrés chez euxUn témoin de la scène à l'AFP

Dans la commune de Sake, les rues étaient désertes Samedi, le marché vide, les boutiques et les commerces fermés, rapportent des journalistes de l’AFP. La route a finalement été ouverte samedi en fin de journée mais le calme reste précaire. Le dispositif militaire dans la ville a été renforcé par une dizaine de véhicules blindés de l’armée, trois chars et des dizaines d’hommes armés.

"Un plan visant à l’assassinat politique de l’ex président Boni Yayi"

Cette région du centre est un bastion de l’ancien président Boni Yayi, dont le domicile à Cotonou est toujours encerclé par les forces de l’ordre depuis les manifestations post-électorales qui ont secoué la ville début mai. Des centaines de ses partisans étaient descendus dans les rues de la capitale économique, craignant qu’il ne se fasse arrêter après avoir qualifié le scrutin du 28 avril de "coup d’Etat électoral".

Les avocats de l’ancien président affirment qu’il est toujours  "séquestré" à son domicile. Ils dénoncent un plan visant à l’éliminer de la scène politique.

Nous assistons aujourd'hui à un plan pensé, conçu et qui est en train d'être mis à exécution. Il vise l'assassinat politique de Yayi BoniMe Renaud Agbodjo, avocat de l'ancien président Boni Yayià l'AFP

Boni Yayi, qui a dirigé le Bénin entre 2006 et 2016, et l’actuel président Patrice Talon sont des ennemis de longue date. Ancien opposant, ce dernier avait été forcé à l’exil par son prédécesseur avant son accession au pouvoir en avril 2016.

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