Au Zimbabwe, une ministre voit le coronavirus comme une "punition de Dieu" contre les Occidentaux

Destinée à montrer la préparation du Zimbabwe face au coronavirus, l\'image d\'un infirmier équipé de gants, d\'un masque et d\'une visière de protection à l\'hôpital Wilkins à Harare, spécialisé dans les maladies infectieuses (photo du 11 mars 2020).
Destinée à montrer la préparation du Zimbabwe face au coronavirus, l'image d'un infirmier équipé de gants, d'un masque et d'une visière de protection à l'hôpital Wilkins à Harare, spécialisé dans les maladies infectieuses (photo du 11 mars 2020). (JEKESAI NJIKIZANA / AFP)

Pour la ministre zimbabwéenne de la Défense, l'épidémie de coronavirus qui frappe l'Europe et les Etats-Unis est le signe d'une vengeance divine contre des pays qui sanctionnent le Zimbabwe.

La ministre zimbabwéenne de la Défense n'y va pas de main morte. Elle a qualifié la pandémie de nouveau coronavirus de "punition" divine infligée aux Etats-Unis et à l'Union européenne (UE), car ils ont appliqué des sanctions à son pays à cause de sa répression contre l'opposition.

"Sentir les effets du coronavirus pour comprendre notre douleur"

"Le coronavirus est l'œuvre de Dieu qui punit les pays qui nous ont imposé des sanctions", a déclaré Mme Oppah Muchinguri, lors d'un rassemblement le 14 mars 2020 à Chinhoyi, dans le nord du pays. "Ils sont enfermés chez eux. Leur économie souffre comme ils ont fait souffrir la nôtre, s'est-elle emportée. Ils doivent sentir les effets du coronavirus pour comprendre notre douleur", a insisté la ministre, estimant que la pandémie montrerait au président américain Donald Trump "qu'il n'est pas Dieu".

En 2017, Oppah Muchinguri très proche d\'Emmerson Mnangagwa, lors du congrès extraordinaire du parti de ce dernier, le ZANU-PF, un an avant qu\'il devienne président du Zimbabwe.
En 2017, Oppah Muchinguri très proche d'Emmerson Mnangagwa, lors du congrès extraordinaire du parti de ce dernier, le ZANU-PF, un an avant qu'il devienne président du Zimbabwe. (JEKESAI NJIKIZANA / AFP)

"Meurtres extra-judiciaires et viols"

Depuis près de vingt ans, les Etats-Unis maintiennent des sanctions contre quelque 100 personnes et entités juridiques zimbabwéennes, dont l'actuel président Emmerson Mnangagwa, élu en juillet 2018 avec la promesse d'un "nouveau Zimbabwe" après les 37 ans du règne sanglant et économiquement destructeur de son prédécesseur Robert Mugabe, décédé en septembre 2019. Sauf que, bientôt deux ans après son élection, le président Mnangagwa est loin d'avoir mis fin à la répression sanglante infligée aux opposants, usant même de moyens plus extrêmes que sous Mugabe (lien en anglais). Et cette situation joue contre le pays et ses habitants. Ainsi, au début du mois de mars 2020, Washington a prolongé ses sanctions d'un an, en raison notamment des "meurtres extra-judiciaires et viols" commis par les forces de sécurité.

Englué dans une crise économique interminable qui a précipité une large part de sa population dans la misère, le pays a aujourd'hui désespérément besoin d'investissements étrangers pour s'en sortir, et donc d'une levée des sanctions. A défaut de les obtenir, le Zimbabwe, par la voix d'un membre de son gouvernement, se réjouit donc de l'arrivée du coronavirus qu'il perçoit comme la vengeance de Dieu.

Le coronavirus aux portes du Zimbabwe

Le Zimbabwe, qui n'a officiellement enregistré aucun cas du nouveau coronavirus, veut rassurer ses concitoyens en leur montrant, par des campagnes d'information sur les hôpitaux, que le pays est prêt à affronter la pandémie venue de Chine. Cependant, tout à côté, l'Afrique du Sud, pays le plus touché d'Afrique subsaharienne, a annoncé le 15 mars un nouveau bilan de 61 cas.

Avec sept décès pour 280 cas, essentiellement en Egypte et au Maghreb, selon un décompte de l'AFP établi le même jour à partir de sources officielles, l'Afrique est jusqu'à présent nettement moins touchée que le reste de la planète. Mais la liste des pays africains touchés s'allonge chaque jour. Une série de pays d'Afrique subsaharienne ayant rapporté des premières contaminations depuis le 13 mars, beaucoup ont pris la décision de fermer leurs frontières comme le Ghana et l'Afrique du Sud.

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