Les paris sportifs n'ont pas la cote auprès du président ougandais Museveni

Le 6 mai 2018 à Kampala, en Ouganda, un homme parie sur des matchs de football européens avec un téléphone portable dans un magasin de paris sportifs.
Le 6 mai 2018 à Kampala, en Ouganda, un homme parie sur des matchs de football européens avec un téléphone portable dans un magasin de paris sportifs. (ISAAC KASAMANI / AFP)

Les jeux d'argent sont voués à disparaître en Ouganda. Son président, Yoweri Museveni, a ordonné au gouvernement de ne plus délivrer de licence aux opérateurs et sociétés exerçant une activité dans ce secteur.

Dans la capitale ougandaise, de nombreuses salles de paris sportifs sont ouvertes 24 heures sur 24. Les parieurs s'y engouffrent frénétiquement dès lors qu'un match est terminé et qu'un autre est annoncé. Mais l'appétit de la jeunesse ougandaise pour les jeux d'argent, et particulièrement pour les paris sportifs, n'est pas du goût du président qui veut y mettre un terme.

Le chef de l'Etat a ainsi décidé que "dorénavant, aucune nouvelle société ne recevra de licence, et celles qui sont déjà enregistrées ne verront pas leurs licences renouvelées lorsqu'elles expireront", a fait savoir le ministre des Finances ougandais, David Bahati, au Daily Monitor, un journal local. Cette directive présidentielle "va être appliquée", a-t-il assuré à l'AFP, le 21 janvier 2019.

Un revirement qui a pris de court les sociétés de jeux et de paris, étant donné que Yoweri Museveni s'était félicité, en 2017, de l'arrivée en Ouganda de la plateforme de paris SportPesa, estimant qu'elle allait dynamiser l'industrie du sport, selon RFI

Des actions de sensibilisation des opérateurs de jeux

A propos de l'influence négative des jeux sur les jeunes, dont se plaint le président ougandais, les opérateurs assurent avoir "déjà mené des actions de sensibilisation auprès du public au sujet des paris irresponsables". "Cela ne devrait pas être une raison pour interdire cette activité", a réagi Patrick Lubaale, responsable d'une société de paris, Galz Betting, à Kampala. 

Pour un autre opérateur, c'est à la fois une "surprise" et un "choc".  Samuel Mutekanga, qui travaille chez Betway, l'une des principales sociétés de paris sportifs dans le pays, regrette notamment que "cela menace notre investissement." Il se plaint de ne pas avoir été consulté et se demande "comment une telle interdiction peut-elle sortir de nulle part comme cela ?"

De leur côté, les parieurs ougandais dénoncent une décision gouvernementale prise unilatéralement, alors que ce secteur fait vivre plusieurs milliers de personnes dans le pays.

"Vecteur de la pauvreté chronique"

Depuis plusieurs années, les jeux d'argent connaissent un véritable succès en Afrique de l'Est, grâce au développement des télévisions satellite et numérique, et aux applications pour smartphones.

C'est le "nouveau vecteur de la pauvreté chronique" des jeunes, avait mis en garde dès 2012, l'ONG, Action Aid International Ouganda, citée par le site vice.com.

En 2013, les tentatives du Conseil national du jeu pour freiner les paris avaient échoué, malgré une mesure qui consistait à doubler les frais de licence, les fixant à 3 500 dollars (3 000 euros). Son président, Manzi Tumubweine, avait alors lancé à la jeunesse: "Le jeu n'est pas une solution à la pauvreté, c'est un loisir!". Cette mise en garde pour dissuader les parieurs de dilapider leur compte en banque ne les a, jusqu'ici, pas convaincus.

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