Otages français libérés au Burkina Faso : le commandant des opérations spéciales défend "une prise de risque assumée"

Le vice-amiral Laurent Isnard, chef du commandement des opérations spéciales, le 22 septembre 2017 à Abidjan (Côte d\'Ivoire).
Le vice-amiral Laurent Isnard, chef du commandement des opérations spéciales, le 22 septembre 2017 à Abidjan (Côte d'Ivoire). (ISSOUF SANOGO / AFP)

Dans une interview au "JDD", le vice-amiral Laurent Isnard, chef du commandement des opérations spéciales, revient sur l'opération qui a permis la libération de quatre otages mais coûté la vie à deux soldats d'élite français.

La libération des quatre otages dans le nord du Burkina Faso, dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 mai, a été réalisée au prix de la mort de deux militaires d'élite, membres du prestigieux commando de marine Hubert. Depuis, les deux touristes français libérés ont essuyé de vives critiques, accusés notamment d'avoir pris des "risques majeurs" en partant en excursion dans une zone du Bénin désormais déconseillée par le ministère des Affaires étrangères. Dimanche 12 mai, dans une interview au Journal du dimanche, le vice-amiral Laurent Isnard, chef du commandement des opérations spéciales, a défendu cette opération.

"Nous n'avons aucun doute sur le bien-fondé de notre mission. Et ce n'est pas à moi de juger si la mission d'aller porter secours à une personne est légitime", a tranché le chef militaire. "Tant que des citoyens français seront menacés et que nous recevrons la décision d'aller les chercher, nous irons les chercher", a affirmé le vice-amiral. "C'est notre métier, c'est notre mission et nous continuerons à la faire. Il n'y a aucun doute là-dessus (...) nous sommes prêts à recommencer dès demain matin", a-t-il insisté.

Evoquant l'opération qui a conduit à cette libération, le vice-amiral a précisé que "les commandos devaient s'approcher au plus près" du lieu de séquestration "en toute discrétion, pour être absolument certains de neutraliser les terroristes et de libérer les otages sains et saufs""C'est la raison pour laquelle nos commandos sont entrés simultanément dans les différentes huttes sans être certains de ce qu'ils y trouveraient. Il y a donc bien eu une prise de risque assumée, partagée, car elle fait partie de notre métier", a-t-il expliqué.

"Les premiers jours sont une période cruciale "

L'opération a été déclenchée quand les militaires se sont rendu compte que les otages allaient quitter le Burkina Faso pour se rendre au Mali, "ce qui impliquait un risque réel qu'ils passent entre les mains d'un groupe terroriste beaucoup plus dur", a-t-il encore dit. 

"Nous savions parfaitement que les premières heures, les premiers jours sont une période cruciale pour avoir une chance de libérer des otages. De plus, nous ne savions pas si les otages seraient capables de supporter ou de survivre à plusieurs années de détention dans des conditions extrêmement difficiles. Il faut donc savoir prendre des décisions très rapides lorsque des opportunités s'offrent à nous", a fait valoir le haut gradé.

Grâce à cette "opportunité", l'état-major à Paris, avec les commandos sur le terrain, "a préparé une opération en seulement quelques heures""Nous avons soumis notre plan d'action au chef d'état-major des armées, qui l'a immédiatement approuvé et proposé à la décision du président de la République, tandis que les avions décollaient au moment même où le chef de l'Etat nous donnait le feu vert", a raconté le vice-amiral.

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