Qui est Mohamed Akotey, le Touareg qui a fait libérer Serge Lazarevic ?

Mohamed Akotey, le 26 mai 2014, à Niamey (Niger).
Mohamed Akotey, le 26 mai 2014, à Niamey (Niger). (BOUREIMA HAMA / AFP)

Ce Nigérien, ex-étudiant en France, ancien chef rebelle et ex-responsable d'Areva, était déjà à la manœuvre lors de la libération des quatre otages d'Arlit. Son nom est à nouveau cité pour celle de Serge Lazarevic.

Diplomatie oblige, François Hollande a salué le rôle joué par les chefs d'Etat malien et nigérien dans la libération de Serge Lazarevic, mardi 9 décembre. Mais si l'otage a été vraisemblablement retenu et relâché au nord-Mali, ce n'est pas à Bamako, la capitale malienne, qu'il a été conduit, mais à Niamey, au Niger.

Comme toujours dans ce type d'affaire, les autorités sont avares d'informations sur les conditions de la libération et les éventuelles contreparties. Toutefois, un groupe rebelle touareg, le HCUA, s'est empressé de revendiquer son rôle dans l'opération, lâchant, au passage, le nom du négociateur : "Notre frère Mohamed Akotey." L'homme est apparu mardi soir en compagnie de Serge Lazarevic, quand le Français a prononcé ses premiers mots d'homme libre à Niamey. Le ministre des Affaires étrangères nigérien a confirmé, mercredi sur RFI, que ce Touareg, émissaire du président nigérien Mahamadou Issoufou, déjà à la manœuvre pour la libération des quatre otages d'Arlit, était bien le négociateur en chef. Mais qui est cet homme de l'ombre ?

 

De l'étudiant à la Sorbonne au négociateur

Au Niger, Mohamed Akotey est une personnalité. Comme l'écrivait Jeune Afrique en 2013, après la libération des quatre otages français d'Areva, ce Touareg, né dans le village de Tidène, dans une vallée à 80 km au nord d'Agadez, dernière ville avant l'immensité du Sahara, a eu "plusieurs vies". Etudiant en géographie à Niamey, il bénéficie d'une bourse de la coopération française. Il entame une thèse d'anthropologie à la Sorbonne, qu'il ne finit pas.

Le 15 décembre 1995, son oncle, Mano Dayak, cofondateur du rallye Paris-Dakar, mais surtout figure emblématique de la révolte touareg, meurt dans un crash d'avion, alors qu'il se rendait à Niamey pour des négociations. Il faut lui trouver un remplaçant. Ce sera son neveu, Mohamed Akotey. De son oncle, il hérite "de ses réseaux parisiens dans la diplomatie, le showbiz, les médias et les services secrets", selon Jeune Afrique. Au passage, il contribue à la signature d'accords de paix entre les rebelles touaregs et Niamey.

Ancien ministre et homme de réseau

Il devient alors conseiller en sécurité (1996-1999) du général Ibrahim Maïnassara, l'ancien président du Niger. Entre 2007 et 2009, il occupe même le poste de ministre de l'Environnement et de la Lutte contre la désertification. Francophile, il bénéficie également de l'image d'un notable touareg.

L'épaisseur de son carnet d'adresses va de pair avec sa discrétion. "Calme, réservé et correct", juge un médiateur sahélien à Jeune Afrique"Pacifique, discret et très efficace", abondent des proches à l'AFP. "Discret, voire méfiant", écrit Le Figaro. Un homme de l'ombre qui a patiemment fait fructifier son réseau qui lui "ouvre toutes les pistes et les secrets du désert", selon l'un de ses cousins, Rhissa Feltou, maire d'Agadez. L'intéressé évite soigneusement de s'exprimer dans la presse. Ses photos sont rares.

"Ses relations ont été déterminantes" 

En septembre 2010, quand Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) attaque un site d'Areva et enlève sept personnes, il n'est plus ministre. Il dirige une filiale de l'entreprise française qui exploite le site d'Imouraren. Mohamed Akotey apparaît alors comme l'homme idéal pour aller à la rencontre des jihadistes. Comme le très puissant chef des rebelles islamistes d'Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, qui a côtoyé jihadistes d'Aqmi, il appartient à la tribu des Ifoghas, un groupe touareg présent au Niger, mais aussi au Mali, notamment dans la région de Kidal. "Ses relations composées d'ex-rebelles touareg maliens et des membres de la tribu Ifoghas ont été déterminantes", confie plus tard Ibrahim Mohamed, un ex-chef rebelle nigérien, en 2013, après la libération des otages d'Arlit.

Et, encore une fois, quand il faut libérer Serge Lazarevic, Mohamed Akotey est l'homme de la situation. Le chef de la katiba Al Ansar, qui a revendiqué l'enlèvement du Français, est un parent d'Iyad Ag Ghali. Après la publication d'une preuve de vie, le négociateur "s'est rendu dans la région de Kidal pour rencontrer des membres de la communauté touarègue de l'Adrar des Ifoghas, puis il est revenu, il y a quelques jours", explique RFI. D'après la radio, il n'a pas rencontré directement les ravisseurs, mais un lieutenant d'Iyad Ag Ghali aurait "fait la navette entre le médiateur et les ravisseurs". Quelques jours plus tard, Serge Lazarevic était libéré en échange de plusieurs jihadistes, selon diverses sources.