Nigeria : le Prix international pour la liberté de religion à l'imam Abubakar Abdullahi qui a caché des chrétiens

Un membre des forces de sécurité nigériane se tient à côté d\'un véhicule incendié dans le village de Nghar, près de Jos, le 27 juin 2018, après l\'attaque de bergers Fulani contre des fermiers chrétiens de l\'ethnie Berom, qui avait fait 84 morts.
Un membre des forces de sécurité nigériane se tient à côté d'un véhicule incendié dans le village de Nghar, près de Jos, le 27 juin 2018, après l'attaque de bergers Fulani contre des fermiers chrétiens de l'ethnie Berom, qui avait fait 84 morts. (STEFAN HEUNIS / AFP)

Le département d’Etat américain a attribué son Prix international pour la liberté de religion de l’année 2019 à deux musulmans africains, un Nigérian et un Soudanais, pour leur action en faveur des minorités.

Le secrétaire d’Etat américain Michael Pompeo a présidé le 17 juillet 2019 la cérémonie de remise du Prix international pour la liberté de religion au département d’Etat à Washington.

Le prix a été décerné cette année à six personnalités religieuses dont deux musulmans africains récompensés pour leur activité de défenseurs de la liberté de religion.

L'imam Abdullahi cache des chrétiens dans la mosquée et chez lui

Agé de 83 ans, l’imam Abubakar Abdullahi du Nigeria a été honoré pour avoir caché, au péril de sa vie, les membres d’une autre communauté religieuse, qui auraient été tués sans son intervention.

Le 23 juin 2018, des bergers de l’ethnie Fulani, à majorité musulmane, ont lancé des attaques coordonnées contre 10 villages de la région de Barkin Ladi tuant des centaines de fermiers de l’ethnie Berom, à majorité chrétienne, précise la déclaration ministérielle américaine.

Ce jour-là, l’imam Abdullahi venait de terminer la prière de midi, quand il a entendu les coups de feu à l’extérieur. Spontanément, il invite plus de 260 membres de la communauté chrétienne, qui s’enfuyaient, à entrer se réfugier dans la mosquée et à son domicile attenant.

Le responsable religieux est ensuite sorti pour confronter les hommes armés. Il a refusé de les laisser entrer, rapporte le communiqué, "les suppliant d'épargner les chrétiens à l'intérieur, offrant même de sacrifier sa vie pour la leur".

Les hommes armés, qui avaient déjà tué 84 personnes dans le village de Nghar, ont cédé face à l'imam Abdullahi qui a ainsi réussi à sauver de nombreuses vies humaines.

Un avocat soudanais défend les minorités religieuses contre les ingérences de l'Etat

Pour le Soudan, c’est Mohamed Yosaif Abdelrahan, un activiste des droits des minorités, qui a été récompensé par Washington.

Membre de l’Initiative soudanaise des droits de l’homme (SHRI), il œuvre "sans relâche pour défendre les droits de minorités religieuses, tant par son action juridique que par son travail de sensibilisation publique", estime le département d’Etat.

Outre des séminaires de formation sur les droits de l’homme ou de la femme, le journalisme ou tout simplement les droits des jeunes citoyens, il défend les chefs religieux de minorités arrêtés sous des accusations "spécieuses à la suite de l’ingérence du gouvernement dans leurs activités".

Au SHRI, Mohamed dirige également des campagnes pour renforcer les protections juridiques des minorités (chrétiens coptes, animistes, protestants ou bahaïs) et mettre fin aux confiscations visant leurs biens par le gouvernement.

"Membre de la majorité musulmane soudanaise, Mohamed est devenu un allié de confiance des minorités et les a aidées à naviguer dans le système judiciaire complexe du pays", explique le département d’Etat félicitant le juriste soudanais "pour son dévouement sans pareil à faire usage de la loi".

Les autres lauréats du Prix sont le dirigeant religieux afro-brésilien Ivanir dos Santos, William et Pascale Warda, de l’Organisation Hammourabi des droits de l’homme en Irak, et la Chypriote d’origine arménienne Salpy Eskidjian Weiderud qui œuvre à consolider la paix interreligieuse sur l’île.

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