Nigeria : la prison militaire de Giwa, où meurent femmes, enfants et vieillards

Borno (Nigeria), le 29 mars 2016. Homme soupçonné de terrorisme et arrêté par les soldats nigérians lors d\'une opération contre Boko Haram.
Borno (Nigeria), le 29 mars 2016. Homme soupçonné de terrorisme et arrêté par les soldats nigérians lors d'une opération contre Boko Haram. (AFP - Stringer / Anadolu Agency )

Il suffit qu'un membre d'une famille soit soupçonné d'appartenir à Boko Haram, pour justifier l'arrestation de toute la famille. Elles sont détenues dans quelques baraquements en plein soleil, sans avoir vu le moindre avocat, ni avoir été jugées. Mais dans cette promiscuité terrible et une chaleur insupportable, souffrant de la faim et de la soif, beaucoup meurent, dont des enfants.

C'est un camp militaire transformé en camp de détention situé à Giwa, au nord-est du Nigeria. Au prétexte de traquer et débusquer les membres de Boko Haram, les militaires nigérians procèdent à des arrestations au cours desquelles, selon divers témoignages ils «arrêtent» la famille entière, enfants et bébés inclus. Les familles se retrouvent séparées par sexe lors de la détention, les enfants de moins de 5 ans étant mis dans un batiment avec les femmes et jeunes filles, les hommes dans un autre.

Dans un rapport intitulé : «Ce que vous allez voir va vous faire pleurer: Vie et mort dans les casernes de Giwa» (lien en anglais), Amnesty international dénonce les conditions inhumaines de vie des prisonniers, entraînant le décès de nombre d'entre eux, et notamment beaucoup d'enfants.

Recueillant et citant de nombreux témoins étant passés par ces geôles, l'organisation humanitaire fait état d'au moins 149 personnes mortes dont 12 enfants de moins de 5 ans depuis février 2016.  

Salima Khalifa (tous les noms ont été changés), une adolescente décrit les cellules, qui sont passées de 20 détenues chacune en 2015 à 250 femmes, adolescentes et enfants de moins de cinq ans en 2016. «La celulle était tellement surpeuplée, que vous ne pouviez pas vous tourner à droite ou a gauche quand vous dormiez.» «il y règne une extrême chaleur et les détenues n'étaient autorisées à se laver et laver leur vêtements qu'une fois par mois»

Une extrême promiscuité qui a favorisé la transmission de la rougeole, pas soignée elle a provoqué le décès de tout petits. «La rougeole a commencé au début de la saison chaude. Au matin, deux ou trois étaient malades, le soir ils étaient cinq (malades). Vous les voyiez s'infecter les uns les autres ainsi. On voyait la fièvre, le corps des bébés étaient très chauds, ils pleuraient nuit et jour. Les yeux rouges et le corps présentant un gros rash cutané. Plus tard une équipe médicale nous a confirmé que c'était la rougeole.» Hadiza  Monguno, une jeune femme de 20 ans, se rappelle le décès des enfants : «quand les enfants sont morts, il y a eu une vague de tristesse qui a submergé tout le camp. Les soldats ont apporté des vêtements pour couvrir les corps des enfants. Les soldats ont sorti les cadavres et se sont engagés auprès de la maman de leur fournir un enterrement décent.» 

Pour la plupart, la faim et la soif ont suffi à venir à bout des gens. Aliyu Modu, un fermier de 38 ans raconte : «Tous les matins, ils apportaient un conteneur de pas plus de 100 litres. Comment cela peut-il être suffisant pour plus de 200 personnes pour 24 heures ?». Mohammed Bori un ancien détenu appuie : «c'est la première punition étaient la faim et la soif. Les gens perdaient énormement de poids. Ils arrivaient normaux et après quelques jours ils avaient faim et soif. Ce sont les personnes âgées qui mouraient à cause de la faim. Elles ne pouvaient pas tenir debout. Comme tout le monde était torse nu, on pouvait leur compter les côtes.»

Amnesty international dénonce le manque de procès, pour les suspects, et le fait qu'aucun d'entre eux n'ait accès à un avocat pendant leur détention, ce qui représente une violation des lois nigériane et internationale. L'organisation demande avec insistance la fermeture des geôles de Giwa, et la libération des 1.200 personnes qui s'y trouveraient ainsi que celle des 120 garçons de 5 à 16 ans retenus dans une cellule, séparés et sans contact avec leurs parents .
 
 
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