L'Afrique s'offre les clés de l'espace

( REUTERS/Amr Abdallah Dalsh)

Quatre pays africains disposent d'une agence spatiale, un noyau dur pour un continent qui souhaite aussi être présent dans la nouvelle course à l'espace. En dépit des critiques, cette présence paraît de plus en plus vitale.

Les Africains rêvent aussi d’aller sur la Lune. Dernière preuve en date : le projet Africa2Moon. Initié par la Fondation pour le développement de l'espace (Foundation for Space Development), une organisation sud-africaine à but non-lucratif, l’objectif est de conduire la première mission africaine sur la Lune. Afin de financer la phase initiale du projet, elle a lancé une campagne sur Internet pour collecter 150 000 dollars américains. L’appel prendra fin le 31 janvier 2015.

Cette initiative privée rappelle que les Etats africains se sont déjà emparés de la question spatiale. Bien que des interrogations demeurent quant au bien-fondé de programmes spatiaux sur un continent dont les gouvernants peinent à subvenir aux besoins fondamentaux de leurs concitoyens. En 2003, elle se posait déjà au Nigeria lors du lancement du premier satellite. Dix ans plus tard, c’est un député britannique qui reprochera à Abuja d’utiliser l’aide au développement pour financer ses projets dans l’espace.

Des nations spatiales « émergentes»

«Les pays africains sont considérés comme émergents parce qu’ils commencent à comprendre les bénéfices qu’ils peuvent tirer des ressources liées à l’espace et à développer leur propre infrastructure, notamment par le biais de la coopération», explique Christian Feichtinger, directeur exécutif de la Fédération internationale d'Astronautique (IAF). Plusieurs d'entre eux font ainsi appel à l'expertise russe, américaine ou française. A ce jour, «aucun pays africain ne dispose d’une industrie qui lui permette de développer ses propres ressources spatiales». Des ressources qui contribuent à satisfaire les besoins socio-économiques des populations. 


L’observation de la Terre grâce aux satellites permet, entre autres, de prévenir les catastrophes naturelles  - inondations et sècheresses notamment - et de gérer les ressources disponibles, agricoles ou hydrauliques en premier lieu. Aujourd’hui, le Centre régional de cartographie des ressources pour le développement (RCMRD), basé au Kenya, doit s'appuyer sur les données fournies par les satellites américains pour répondre aux requêtes de ses membres d’Afrique de l’Est et australe.

S'approprier l'espace
Les applications des ressources spatiales en matière de télécommunications sont également cruciales pour les Etats africains. Cependant, ceux qui disposent de satellites de télécommunications se comptent encore sur les doigts de la main. L’Organisation régionale africaine de communications par satellite (Rascom), structure intergouvernementale mais commerciale, a été créée au début des années 90 pour palier cette situation. Deux satellites panafricains ont été ainsi lancés en 2007 et en 2010 par la fusée Ariane 5 à partir de la base de Kourou, en Guyane française.
  
Des satellites panafricains mais une rampe de lancement française. Le continent africain tente progressivement de réduire sa dépendance. Si les programmes sont nombreux, seuls quatre pays africains disposent d'une agence spatiale.

Les Egyptiens sont les premiers à avoir mis en place une telle structure en 1991. A son actif, le lancement de deux satellites de la basse russe de Baïkonour, au Kazakhstan. Le premier en 2007 et le second, un satellite de télécommunications, en 2014. L'Algérie est l'autre puissance spatiale en Afrique du Nord. L'Agence spatiale algérienne (Asal) a été installée par décret en 2002. Alger dispose de deux satellites d’observation : Alsat-1 et Alsat-2A lancés respectivement de Russie en 2002 et d’Inde en 2010.

Ciel sud-africain 
Ciel sud-africain  (Biosphoto/Juan-Carlos Muñoz)

Un grand pas pour les Nigérians ? 
Sansa, la benjamine des agences africaines, se trouve en Afrique du Sud et a démarré officiellement ses activités en 2010. Le premier satellite sud-africain SunSat, lui, a été fabriqué par l’université de Stellenbosch (province du Cap Oriental) et a été lancé par la Nasa en 1999. Dix ans plus tard, il était rejoint par SumbandilaSat, également conçu par des Sud-Africains et lancé au Kazakhstan. Mais il sera mis hors service par une radiation solaire peu de temps après son lancement. En 2013, c’est au tour du premier nanosatellite sud-africain, Zacube-1, de rejoindre l’espace à partir également d'une base russe, celle de Yasni. 

En Afrique de l’Ouest, le géant nigérian a également répondu à l’appel de l’espace. L’agence spatiale nigériane Nasrda a vu le jour en 1999. Trois satellites sont actuellement en orbite. NigComSat-1 est le premier à avoir été lancé en 2007 mais l’opération se soldera in fine par un échec, suivront NigeriaSat-2 et NigeriaSat-X - satellite conçu exclusivement par des ingénieurs nigérians -  mis en orbite en 2011 à partir de la base russe de Yasni.

Deux ans plus tard, le Nigeria introduit dans l’espace NigComSat-1R, son premier satellite de communication. La Nasrda prévoit d'envoyer trois satellites et surtout des hommes dans l'espace en 2015. Une ambition justifiée par quelques succès. En 2005, NigeriaSat-1 a été le premier engin spatial à envoyer des images de la côte Est dévastée des Etats-Unis après le passage de l'ouragan Katrina. 

En attendant l’arrivée des premiers Nigérians dans l’espace, c’est le Sud-Africain Mandla Maseko (le deuxième Noir après l’Afro-Américain Bernard Harris en 1995) et l’Egyptien Omar Samra, deux des 23 lauréats du concours Axe Apollo Space Academy competition, qui seront les nouveaux ambassadeurs africains dans l’espace. Jusqu’ici, seul le Sud-Africain Mark Shuttleworth avait passé huit jours dans la station spatiale internationale (ISS) en 2002. 

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