Le nord-est du Nigeria ravagé par d'incessantes attaques jihadistes

Après une attaque contre la localité d\'Auno, dans le nord-est du Nigeria, apparemment menée par les jihadistes du groupe ISWAP le 9 février 2020.
Après une attaque contre la localité d'Auno, dans le nord-est du Nigeria, apparemment menée par les jihadistes du groupe ISWAP le 9 février 2020. (AUDU MARTE / AFP)

69 personnes ont été tuées le 9 juin 2020 par une branche dissidente du groupe jihadiste Boko Haram.

Les combattants du groupe Etat islamique dans la province d'Afrique de l'Ouest (ISWAP) ont attaqué le village de Felo, dans le district de Gubio (Etat du Borno), au nord-est du Nigeria, le 9 juin vers 14h (GMT), faisant 69 morts parmi les habitants, selon un nouveau bilan fourni par un haut responsable militaire. Un chiffre confirmé par un membre d'une milice d'autodéfense locale soutenue par le gouvernement.

"Les corps jonchaient le sol sur une vaste étendue, car les assaillants ont poursuivi leurs victimes, leur tirant dessus et les écrasant avec leurs véhicules", a raconté le milicien. Selon un chef de communauté, citée par l'AFP, les 69 victimes sont "des hommes et des enfants" qui surveillaient le bétail à un point d'eau à l'extérieur du village. Ils "ont été encerclés par surprise par des hommes armés. Il s'agit d'une étendue ouverte, avec nulle part où se cacher. Ils ne pouvaient pas s'échapper, ils ne pouvaient pas distancer les véhicules", a-t-il expliqué.

L'attaque semble être intervenue en représailles de l'assassinat de combattants jihadistes par la milice d'autodéfense, qui protégait le bétail du village contre le vol, a déclaré un responsable local. Les rapines à répétition avaient incité les habitants à former cette milice, a déclaré l'un de ses membres. Avant l'attaque du 9 juin, les miliciens avaient "chassé les insurgés" dans la brousse, tuant certains d'entre eux dans des échanges de coups de feu, a-t-il ajouté. Les abus de certains de ces groupes ont déjà été dénoncés.

Gubio, située à 80 kilomètres de la capitale régionale Maiduguri, a été à plusieurs reprises la cible des jihadistes d'ISWAP. En réaction, plus de 100 miliciens et chasseurs traditionnels ont été déployés par les autorités locales pour protéger la localité et ses environs contre les agressions.

L'ISWAP "gagne en puissance et en influence" 

L'ISWAP avait fait sécession en 2016 de Boko Haram, commandé par Abubakar Shekau, un "sanguinaire chef de meute" selon Jeune Afrique. Le groupe, qui s'est affilié à l'organisation Etat islamique, critiquait une stratégie visant indistinctement tous les musulmans et jugée trop brutale. II s'était alors engagé à ne frapper que des cibles "dures", militaires et gouvernementales.

Aujourd'hui,
il "gagne en puissance et en influence", rapporte une étude (rendue publique en mai 2019) de l'International Crisis Group (ICG). "En comblant les lacunes en matière de gouvernance et de fournitures de services (aux populations), il a gagné le soutien des civils locaux, dont Boko Haram n'a jamais bénéficié, et a su faire des communautés négligées de la région et des îles du lac Tchad une source de soutien économique."

Militaires sur leur base à Baga, dans le nord-est du Nigeria, le 2 août 2019
Militaires sur leur base à Baga, dans le nord-est du Nigeria, le 2 août 2019 (AUDU MARTE / AFP)
Depuis deux ans, l'ISWAP a multiplié les attaques meurtrières ciblant les forces armées. Résultat : le groupe a tué des dizaines, voire des centaines de soldats nigérians. Mais aujourd'hui, il est accusé de s'en prendre de plus en plus souvent aux civils. Avec Boko Haram, il est responsable de la mort de plus de 35 000 personnes et du déplacement de quelque 2 millions d'autres dans la région.

Où en est l'opération "massive" de l'armée ?

L'armée nigériane semble dépassée. En avril, elle affirmait avoir lancé dans la région une opération "massive", conjointement avec les armées du Tchad et du Niger, contre les insurgés.

En février, l'ONG des droits de l'Homme Amnesty International avait accusé les militaires d'avoir "incendié des villages entiers et déplacé de force leurs habitants". Elle disait s'être basée "sur des entretiens avec des villageois touchés dans l’Etat de Borno et sur l’analyse de données satellite". Par ailleurs, six hommes originaires de ces villages "ont été détenus au secret pendant presque un mois et soumis à des mauvais traitements, avant d’être libérés le 30 janvier 2020".

"Le Nigeria a besoin de 100 000 soldats supplémentaires pour vaincre" les groupes jihadistes, avait estimé à la même époque le gouverneur de l'Etat du Borno, cité par la BBC. Les deux factions, Boko Haram et ISWAP, disposeraient de 6 000 combattants.

Une situation humanitaire catastrophique

Selon le responsable des programmes de Médecins sans frontières au Nigeria et au Niger, Guillaume Baret, cité par le site de l'ONG, "une grande partie de la population de l'Etat du Borno est concentrée dans les centres urbains, en particulier à Maiduguri la capitale, qui accueille selon diverses estimations, plus d’un million de déplacés. Les groupes armés (...) ont renforcé leur emprise sur les zones rurales (...) ainsi que sur des régions frontalières du Nigeria au Niger, au Tchad et au Cameroun."

"D
ans ces territoires, comme dans la majeure partie des régions rurales au Sahel, l’accès aux services de bases est limité et les services de santé sont inexistants", précise-t-il. "Il s’agit d’un problème structurel qui a été aggravé par le conflit. Les populations sont donc particulièrement exposées aux chocs saisonniers, au paludisme qui fait des ravages pendant la saison des pluies et à la malnutrition pendant les périodes de soudure." Ces populations sont également menacées par des épidémies comme la méningite, l'hépatite E, le choléra, et plus récemment la rougeole. Et ce, particulièrement dans les zones rurales, où l'aide humanitaire ne peut souvent pas être acheminée.

Sur les bords de la rivière Hadejia dans le village de Wachakal, dans le nord du Nigeria, le 6 juillet 2017..
Sur les bords de la rivière Hadejia dans le village de Wachakal, dans le nord du Nigeria, le 6 juillet 2017.. (REUTERS - AKINTUNDE AKINLEYE / X02000)

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