Niger: quels effets collatéraux de la crise malienne ?

Militaire nigérien participant à la surveillance de la mine d\'uranium d\'Areva à Arlit (nord du Niger) le 26 septembre 2010.
Militaire nigérien participant à la surveillance de la mine d'uranium d'Areva à Arlit (nord du Niger) le 26 septembre 2010. (AFP - ISSOUF SANOGO)

Voisin oriental du Mali, le Niger reste sur ses gardes et craint par dessus tout des infiltrations djihadistes. Et un réveil de la question touareg.

«Les menaces qui existent au Mali constituent un problème de sécurité intérieure pour le Niger», répète le président du pays, Mahamadou Issoufou. Avocat de longue date de l'usage de la force contre Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et ses alliés, il a envoyé un bataillon de 500 militaires dans le cadre de la force africaine, la Mission internationale de soutien au Mali (Misma). Jugés solides et bien formés, les soldats nigériens sont, avec le contingent tchadien, les Africains les plus engagées aux côtés des armées française et malienne.

Sur le plan intérieur, les autorités nigériennes ont renforcé la sécurité, notamment à Niamey, la capitale, depuis le début (le 11 janvier) de l’offensive française : les patrouilles militaires sont nombreuses, la protection des ambassades et des grands hôtels a été renforcée. Notamment dans le quartier du Plateau, qui accueille de nombreux expatriés. C’est dans ce quartier qu’en janvier 2011, deux jeunes Français avaient été enlevés par un commando d’Aqmi, avant d'être tués lors d'une tentative de sauvetage de l'armée française.

Ces rapts en pleine capitale ont été l'une des opérations islamistes les plus spectaculaires menées au Niger ces dernières années, avec l'enlèvement de sept expatriés sur un site d'exploitation d'uranium du groupe nucléaire français Areva à Arlit (nord) en septembre 2010. Quatre Français sont toujours retenus en otages.

Le gouvernement nigérien est parfaitement conscient du fait que les forces de la «terreur» risquent de «se déployer en direction du Niger», après la prise d'otages massive sur le site gazier de Tiguentourine, près d'In Amenas, dans le sud algérien, comme l’explique le président de l'Assemblée nationale, Hama Amadou. Ce raid islamiste a d'ailleurs conduit Paris à envoyer des éléments des forces spéciales pour protéger les mines d'Areva dans le nord.

A Niamey, on affirme faire son possible pour sécuriser les quelque 800 km de frontière avec le Mali et parer ainsi à toute infiltration d'islamistes en fuite. Mais, «malgré toute la bonne volonté des forces de sécurité, il est impossible de tout contrôler», souligne un familier des cercles dirigeants. Les drones américains, qui devraient prochainement être stationnés au Niger pour surveiller les activités islamistes dans le Sahel, devraient donc permettre de donner un coup de pouce aux Nigériens.

Touaregs près d\'un puits dans le désert du Ténéré au Niger (3 juin 2007)
Touaregs près d'un puits dans le désert du Ténéré au Niger (3 juin 2007) (AFP - Biospho - Michel Gunther)

Quelle action vis-à-vis des Touaregs ?
En proie, comme le Mali, à des rébellions touarègues ces dernières décennies, Niamey suit aussi de près le rôle très ambigu des Touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Pourtant à l'origine de la chute du nord malien et de l’installation dans la région d’un pouvoir islamiste, ce groupe est considéré par Bamako comme son seul interlocuteur futur parmi les mouvements armés.

En réclamant avec force le désarmement du MNLA et en refusant toute négociation avec ce mouvement qui prône l'autodétermination, le président Mahamadou Issoufou a surpris. «Il risque gros, son pays encourt un traquenard», commente un diplomate africain à Niamey. «Si l’on satisfait les revendications de ce groupe armé, leurs frères touaregs nigériens» pourraient se montrer plus exigeants. «Le nord du Niger vit certes une accalmie, mais tout peut aller très vite», poursuit le diplomate.

La communauté touarègue du Niger (9 % des 15 millions d'habitants du pays) ne va pas «déterrer la hache de guerre», affirme pourtant un ex-chef rebelle touareg à Agadez (nord), coeur de la région touarègue. Ceci explique-t-il cela ? Les autorités ont fait des efforts, notamment en mettant en place un système de gestion décentralisé de la zone. De nombreux cadres des anciennes rébellions (la dernière remonte à 2007-2009) ont par ailleurs été intégrés à l'appareil d'Etat à Niamey ou élus dans le Nord. Et symbole des symboles, c'est un Touareg, Brigi Rafini, que le président a nommé Premier ministre à son arrivée au pouvoir en 2011.

Au Mali, «il faut évacuer le problème MNLA par le dialogue», avertit cependant l'ancien responsable rebelle. «Sinon, la tension ne baissera jamais dans le nord du Mali et dans le Sahel», ajoute-t-il.

Lire aussi :
Trois questions à l’universitaire André Bourgeot sur la longue histoire des Touaregs
Areva au Niger, un partenariat sous tension

Vous êtes à nouveau en ligne