Niger : les mines d'uranium ne sont plus rentables, victimes de l’effondrement des cours mondiaux

Camions chargés de roches contenant de l\'uranium. Photo prise dans la mine d\'Arlit d\'Orano (ex-Areva) dans le nord du Niger le 25 février 2005. L\'uranium extrait de la roche et transformé en \"yellow cake\" alimentera les réacteurs des centrales nucléaires. 
Camions chargés de roches contenant de l'uranium. Photo prise dans la mine d'Arlit d'Orano (ex-Areva) dans le nord du Niger le 25 février 2005. L'uranium extrait de la roche et transformé en "yellow cake" alimentera les réacteurs des centrales nucléaires.  (PIERRE VERDY / AFP)

La production d’uranium, qui représentait encore 60% des recettes d’exportation du Niger en 2010, est dans une mauvaise passe. Les mines s’épuisent et sont trop chères à exploiter, depuis que les cours se sont effondrés à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima. 

Les deux mines d’uranium nigériennes du français Orano (ex-Areva) sont mal en point. L'une, la Cominak, arrêtera sa production en mars 2021, a annoncé le 23 octobre dans un communiqué le groupe nucléaire français. L'autre, la Somaïr, également en fin de vie, a fortement réduit la voilure et le nombre de ses salariés en raison des cours bas de l’uranium.

Des centaines d'emplois sont menacés dans un pays parmi les plus pauvres du monde. "L'épuisement des réserves ne permet plus la poursuite des opérations. Avec des coûts d'exploitation très élevés et une forte baisse des prix de l'uranium, la Cominak est déficitaire depuis 2017, malgré la mise en œuvre de plans d'économies", souligne le communiqué.

Selon le ministre nigérien des Mines, Hassane Barazé, "la Cominak avait clôturé l'exercice 2018 avec une perte nette d'au moins 17 milliards de FCFA (25,9 millions d'euros)".  Le prix spot de l'uranium "varie actuellement autour de 36 000 FCFA (54 euros), alors que les coûts de production de la Cominak tournent autour de 50 000 FCFA (76 euros)", a précisé le ministre.

Vue générale des installations de l\'usine de traitement de minerai de la Somair, à Arlit, Niger.
Vue générale des installations de l'usine de traitement de minerai de la Somair, à Arlit, Niger. (PIERRE VERDY / AFP)

Le Japon a fermé près de 45 réacteurs nucléaires

Les prix de l’uranium se sont effondrés, après l’arrêt des 54 réacteurs japonais qui a suivi la catastrophe de Fukushima en 2011, puis la remise de 9 d'entre eux en service. L’Allemagne a également programmé l’arrêt de son activité nucléaire à l’horizon de 2022. La production de yellow cake (uranium) est devenue surabondante.

Orano (ex-Areva) continue à exploiter le gisement à ciel ouvert de la Somaïr, lui aussi en fin de vie, mais avec moins de salariés. Le site a produit 2 164 tonnes d’uranium en 2016, à raison de 2 à 3 kilos par tonne de minerai dégagées. La France importe chaque année de l’ordre de 8000 tonnes d’uranium naturel pour alimenter son parc de 58 réacteurs nucléaires. Mais le Niger ne représente plus que 32% de ses importations. Elle s’approvisionne également auprès du Kazakhstan, du Canada et de l’Australie, les trois grands producteurs mondiaux.

Le reste de la production mondiale se partage entre la Namibie, l’Afrique du sud, l’Ouzbékistan, l’Ukraine et les Etats-Unis.

Le gisement d'Imouraren attend des jours meilleurs 

La Chine, autre grande consommatrice d’uranium, est également présente au Niger avec la société chinoise China National Nuclear Corporation, qui exploite depuis 2011 un site à Azelik, situé à 200 km au sud-ouest d’Arlit. Mais la Chine est également un producteur d'uranium.

Le gisement d'uranium d'Imouraren découvert en 1966 au sud d’Arlit et relancée par Areva en 2009 n’est lui toujours pas exploité. Ce gisement à ciel ouvert de 20 km², mais de très faible teneur (0,08%), pourrait produire près de 5 000 tonnes d'uranium métal par an pendant 35 ans. A condition que les cours mondiaux se reprennent, ce qui dépend de l’avenir de l'industrie nucléaire dans le monde.

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