Coronavirus Covid-19 : l'inquiétude monte parmi les commerçants chinois de Namibie

L\'entrée du quartier Chinatown à Windhoek, capitale de la Namibie, photographiée le 14 février 2020.
L'entrée du quartier Chinatown à Windhoek, capitale de la Namibie, photographiée le 14 février 2020. (HILDEGARD TITUS / AFP)

En dépit de l'absence de cas confirmés de coronavirus en Namibie, les inquiétudes montent dans la communauté chinoise du pays.

Un avis imprimé sur une feuille blanche, en chinois et en anglais, collé sur un volet en aluminium d'une boutique dans le quartier Chinatown de Windhoek est sans équivoque : si un commerçant revient de Chine en Namibie, il "doit observer une quarantaine pendant 14 jours et garder le magasin fermé pendant cette période". De façon spontanée, les commerçants chinois de la capitale namibienne ont pris les choses en main.

Bien qu'aucun cas confirmé du nouveau coronavirus Covid-19 n'ait été recensé en Namibie, les inquiétudes concernant ce virus qui a tué près de 1 700 personnes et en a contaminé plus de 68 000 en Chine, sont nombreuses dans ce vaste pays d'Afrique australe peu peuplé.

"Les gens crient 'coronavirus, coronavirus'"

C'est à Chinatown que les signes de ces craintes sont les plus évidents. Il s'agit d'un ensemble de près de 200 magasins de détail, de gros, d'alimentation et d'électronique situé dans le quartier industriel du nord de la capitale. Dans un bloc de 90 de ces magasins, 20 boutiques n'ont pas rouvert depuis que leurs propriétaires sont partis en Chine pour le Nouvel an et ne sont pas encore revenus. La communauté chinoise, son ambassade et la chambre de commerce chinoise font de leur mieux pour "empêcher les gens de revenir de Chine en Namibie ... en ce moment", explique Brian Lee, l'un des hommes d'affaires du quartier chinois.

Pour ceux qui doivent à tout prix rentrer en Namibie, "nous avons déjà mis en place un lieu de quarantaine en dehors de Windhoek" où ils seront gardés jusqu'à ce qu'ils soient déclarés non porteurs du virus. Mais pour l'instant, personne n'est en quarantaine. "Je pense que tout le monde panique ici, pas seulement les Namibiens, mais aussi la communauté chinoise", constate Lee. Les mois de janvier et février sont généralement une période de basse saison des achats à Chinatown, mais la peur de la contamination a encore réduit le nombre de clients.

Miang Li, propriétaire d'un magasin, attribue le faible taux de fréquentation au blues financier du milieu du mois mais aussi à la peur de contracter le virus de la part des Chinois. "Les gens qui viennent ici crient 'coronavirus, coronavirus'", raconte-t-il à l'AFP, assis derrière le comptoir de son magasin de vêtements. Mais les personnes portant des masques de protection sont rares. Seuls quelques vendeurs namibiens et quelques propriétaires de magasins portent des masques.

L'importation de denrées chinoises n'est plus possible pour l'instant

Selon Li, les commerçants n'ont pas réussi à reconstituer leurs stocks parce qu'ils ne veulent pas retourner en Chine pour se réapprovisionner. Aussi sont-ils en train de liquider leurs réserves de l'année dernière à des prix réduits. "Beaucoup d'entre nous ne retournent qu'en février ou mars pour se réapprovisionner mais il est maintenant dangereux d'aller et de revenir", explique Li. "Si vous partez maintenant, vous ne savez pas si ce pays vous laissera revenir".

Les commerçants de Chinatown vendent quotidiennement au détail, mais aussi en gros à des boutiques en ligne et à des magasins situés dans d'autres régions de Namibie. "Les clients de Walvis Bay, Swakopmund et Oshakati ne viennent pas pour l'instant car nous n'avons que de vieux stocks", explique ce commerçant de 52 ans, en activité en Namibie depuis neuf ans.

Brian Lee confirme que le niveau des stocks est en chute libre. "Pour le moment, personne ne veut retourner en Chine, alors, oui, ça nous affecte", constate-il, assis dans son bureau. Non seulement la rotation du personnel en souffre, mais certains employés locaux sont réticents à continuer à travailler pour les Chinois.

Méfiance des employés namibiens à l'égard de leurs patrons chinois

Matilda Ndinoshisho, une vendeuse de 28 ans, dit que sa collègue a récemment cessé de venir travailler. "Son oncle et sa tante lui ont dit que les patrons chinois lui transmettront le virus qui tue tous les Chinois et qu'un salaire de 800 dollars namibiens (54 dollars US) ne vaut pas la peine de perdre sa vie ou de contaminer les autres personnes de la famille, alors elle a démissionné", raconte cette mère de deux enfants. Pourtant, la Namibie n'a eu qu'un seul cas suspect, qui a été déclaré sain a semaine dernière.

Selon le ministre de la Santé, Kalumbi Shangula, le gouvernement a mis en place un contrôle médical des visiteurs à tous les points d'entrée dans le pays. "Chaque passager qui entre en Namibie, qu'il vienne de Chine ou de tout autre pays, est soumis à un contrôle approfondi, a déclaré le ministre à l'AFP. Si quelqu'un présente des symptômes d'infection par le virus, cette personne est immédiatement isolée et placée sous surveillance." Le 14 février 2020, l'Egypte a signalé le premier cas confirmé du nouveau coronavirus en Afrique.

Vous êtes à nouveau en ligne