Mozambique : appel à libérer un journaliste emprisonné pour un reportage sur des attaques djihadistes

Dans les rue de Macomia (nord du Mozambique), où le journaliste Amade Abubacar travaille pour une radio locale (juin 2018).
Dans les rue de Macomia (nord du Mozambique), où le journaliste Amade Abubacar travaille pour une radio locale (juin 2018). (EMIDIO JOSINE / AFP)

Une quarantaine d'organisations des droits de l'Homme et de la presse ont demandé jeudi 11 avril la "libération immédiate" d'un journaliste mozambicain, arrêté début janvier 2019 dans le nord du Mozambique. Il couvrait les violences liées à une insurrection islamiste qui sème la terreur depuis un an et demi dans cette région. 

Plus de trois mois après son arrestation et son emprisonnement, Amade Abubacar n'est toujours pas fixé sur son sort. Selon les ONG qui appellent à sa libération, le reporter est "un prisonnier de conscience uniquement détenu pour son travail".

"Nous appelons les autorités mozambicaines à libérer immédiatement et sans condition" Amade Abubacar et à "permettre à tous les journalistes de travailler librement et en toute sécurité", écrivent les organisations dont Human Rights Watch (HRW), Amnesty International et Reporters sans Frontières (RSF) dans un communiqué commun.

Le journaliste, salarié d'une radio locale (Rádio e Televisao Comunitária Nacedje de Macomia), a été interpellé le 5 janvier par la police alors qu'il interrogeait les habitants d'un village attaqué par des islamistes et d'où ils avaient fui en laissant tout derrière eux.

Depuis, il est détenu au centre pénitentiaire de Mieze, dans la province du Cabo Delgado (nord). Sa famille n'est pas autorisée à lui rendre visite, selon les organisations signataires du communiqué. De plus, il est privé de nourriture et de soins, selon Amnesty International.

Une durée de détention dépassée

Amade Abubacar n'a pas encore été formellement inculpé et la date de son procès n'a pas encore été fixée. Or, la loi mozambicaine prévoit qu'en l'absence d'inculpation, la durée de la détention ne peut pas excéder 90 jours. Cette durée a été dépassée début avril.

La détention du reporter "viole par conséquent la constitution mozambicaine", soulignent les organisations qui dénoncent "le harcèlement et la répression des journalistes dans le Cabo Delgado", en proie à des troubles. Depuis octobre 2017, le groupe djihadiste Al-Shabab, sans lien avec le groupe somalien, terrorise cette région riche en gaz. Alors que le gouvernement cherche à minimiser le danger islamiste, près de 200 civils ont été tués et des milliers d'autres ont été obligés quitter leur village.

"Dans le cadre d’une stratégie visant à empêcher les médias de s’intéresser à ces attaques, les autorités du Mozambique ont arrêté de manière arbitraire des journalistes qui réalisaient des reportages sur ces événements", regrette encore Amnesty International.

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