L'Afrique du Sud s'emmêle dans le dossier d'extradition de l'ex-ministre mozambicain des Finances

Manuel Chang, ancien ministre des Finances du Mozambique, comparaissait en janvier 2019 devant les magistrats sud-africains de Kempton Court pour être fixé sur son extradition.
Manuel Chang, ancien ministre des Finances du Mozambique, comparaissait en janvier 2019 devant les magistrats sud-africains de Kempton Court pour être fixé sur son extradition. (WIKUS DE WET / AFP)

Pretoria met un terme à son projet d'extradition vers le Mozambique de Manuel Chang, soupçonné d'être impliqué dans un vaste scandale de corruption. Moins de deux mois après avoir pris la décision inverse.

Le sort de Manuel Chang est éminemment politique. Arrêté et détenu en Afrique du Sud depuis le 29 décembre 2018 à la demande des autorités américaines pour sa participation présumée à des prêts frauduleux de deux milliards de dollars au profit d'entreprises d'Etat du Mozambique, l'ancien chef du Trésor, âgé de 63 ans, est au centre d'intenses tractations.

Washington réclame M. Chang

Pour les Etats-Unis, il est clair que Manuel Chang, accusé d'avoir en outre perçu plusieurs millions de dollars de pots-de-vin, a escroqué des investisseurs américains. C'est pourquoi, lorsqu'en mai 2019, l'Afrique du Sud a décidé de renvoyer l'ex-ministre au Mozambique plutôt que vers les Etats-Unis, qui avaient déposé une demande d'extradition concurrente, ces derniers ont vu rouge. Et l'ont fait savoir.

Mais mi-juillet, le nouveau ministre sud-africain de la Justice Ronald Lamola change la donne. Dans un communiqué, il a tout simplement déclaré que "la décision précédente n'était peut-être pas légalement autorisée", voire "irrationnelle et incompatible avec la Constitution" sud-africaine. M. Lamola a précisé qu'il serait erroné d'extrader M. Chang vers le Mozambique car il y bénéficie toujours d'un statut d'immunité et qu'il n'y a été inculpé d'aucun crime. Enfin, de son côté, le ministère de la Justice a averti que le renvoi de M. Chang au Mozambique était également contraire aux "traités nationaux, régionaux et internationaux" signés par l'Afrique du Sud.

Une dette de 2 milliards de dollars que Maputo est incapable de rembourser

Les charges à l'encontre de Manuel Chang concernent des emprunts contractés par le gouvernement mozambicain lorsqu'il était chef du Trésor entre 2005 et 2015. Quand la dette cachée a été révélée, le Mozambique – qui dépend de l'aide des donateurs et qui est l'un des pays les plus pauvres du monde  a été plongé dans la pire crise financière de son histoire.

Pour l'instant sans réaction officielle à la nouvelle situation, les Etats-Unis allèguent qu'au moins 200 millions de dollars ont été dépensés en dessous de table dans un vaste stratagème de fraude et de blanchiment d'argent, dont 12 millions directement dans la poche de l'ancien ministre Chang. Ce dernier fait face à des accusations de complot en vue de commettre une fraude électronique, de violation de la sécurité financière et de blanchiment d'argent.

D'autres arrestations et un premier procès

Pour sa part, le Mozambique a aussi accusé M. Chang d'avoir accepté des gratifications sonnantes et trébuchantes dans une arnaque qui a permis d'amasser des centaines de millions de dollars, mais les critiques disent qu'il ne sera jamais jugé dans son pays. La police mozambicaine a arrêté plusieurs autres suspects liés au scandale, dont le fils de l'ex-président Armando Guebuza et de hauts responsables du renseignement.

En mai, un ancien banquier du Crédit Suisse, jugé aux Etats-Unis, a plaidé coupable d'avoir comploté pour blanchir des fonds dans cette affaire. Trois autres personnes ont été arrêtées, deux en Grande-Bretagne et une à New York. Après la dernière décision prise par Pretoria, la demande d'extradition de Washington aboutira-t-elle ? Rien ne le dit pour le moment. 

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