Le nombre de personnes nécessitant une aide alimentaire urgente a doublé au Sahel à cause de l'insécurité

En Mauritanie, une maman nourrit son bébé grâce à l\'aide de l\'ONG Médecins sans frontières, le 17 mai 2019.
En Mauritanie, une maman nourrit son bébé grâce à l'aide de l'ONG Médecins sans frontières, le 17 mai 2019. (GERARD SIOEN / ONLY WORLD)

Fin 2019, à cause de la montée des troubles dans les 16 pays du Sahel, 9,4 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire immédiate, selon une réunion d'experts et de gouvernements le 9 décembre à Paris.

Le constat est sans appel : les violences intercommunautaires et l'instabilité grandissante au Sahel ont provoqué une "forte augmentation" du nombre de personnes déplacées hors de leur foyer, "accentuant la pression sur les ressources alimentaires" et la désorganisation des "moyens d'existence locaux" comme les marchés, observe le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA), établi au siège de l'OCDE à Paris. Selon ses données, les trois pays les plus touchés par la faim (en phase de "crise", au stade 3 sur une échelle de 5) sont le Nigeria (4 millions de personnes), le Niger (1,5 million) et le Burkina Faso (1,2 million), sur les 16 pays que comprend la région du Sahel.

Des projections très pessimistes pour 2020

C'est simple, le nombre de personnes nécessitant une aide immédiate est le "double" de celui de l'an passé à la même époque (4,8 millions). Et, fait inévitable, les conflits qui se multiplient dans la région constituent "un facteur aggravant de l'insécurité alimentaire" dans la zone, souligne auprès de l'AFP M. Mahalmoudou Hamadoun, coordonnateur du programme régional à la sécurité alimentaire. Selon les projections du RPCA, de juin à août 2020, le nombre de personnes en besoin d'aide alimentaire sera encore plus élevé, à 14,4 millions.

Le réseau se réunit chaque année en décembre à Paris ou dans un pays africain pour prévoir les besoins alimentaires en Afrique au printemps lors de la délicate période, dite de "soudure", où les récoltes de l'année précédente sont consommées alors que celles de l'année en cours ne sont pas encore engrangées.

Les conflits expulsent les habitants de chez eux

Mais "l'insécurité civile s'est exacerbée cette année au Mali, au Burkina Faso et au Nigeria, du coup les populations essentiellement rurales sont empêchées d'accéder à leurs moyens d'existence, l'agriculture ou l'élevage, alors qu'elles continuent de subir l'insécurité climatique", précise M. Hamadoun. "Des villages entiers ont été déplacés au Burkina Faso, les infrastructures sont fermées, écoles, centres de santé, les gens n'ont plus la possibilité de rester chez eux", ajoute Sibili Jean Zoundi, responsable du Club Sahel de l'OCDE, dans une conclusion alarmante.

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