VIDEO. "Notre corps n'appartient pas à l'État" : la tribune de Leïla Slimani pour la liberté sexuelle au Maroc

BRUT

Au Maroc, les relations sexuelles hors mariage et l'avortement sont interdits par la loi. Avec 490 personnalités marocaines, l'écrivaine lauréate du prix Goncourt Leïla Slimani lance un appel pour que ces pratiques soient enfin légalisées.

L'écrivaine Leïla Slimani a co-rédigé une tribune signée par 490 Marocains pour la légalisation des relations sexuelles hors mariage et pour la légalisation de l'avortement au Maroc. "Il est absolument évident que des jeunes ont besoin d'expérimenter leur sexualité et qu'ils sont amoureux comme tous les êtres humains du monde entier", estime-t-elle. "On demande aux législateurs, on demande à nos gouvernants et de manière générale, à toutes les forces progressistes de ce pays, à tous ceux qui ont envie de faire bouger les choses, de se mettre à notre côté pour qu'un grand débat ait lieu sur les libertés individuelles", poursuit Leïla Slimani.

Des lois obsolètes

Dépénalisation de la sexualité et légalisation de l'avortement… Leïla Slimani veut que cessent les drames des avortements clandestins, entre autres. "Il y a aujourd'hui une espèce d'atonie de la part de nos gouvernants (…) qui laissent ces lois qui sont totalement inapplicables", regrette l'écrivaine laquelle ajoute qu'aucun corps n'appartient ni aux maris, ni aux familles, à la rue ou encore à l'État. "On a envie aussi de pouvoir investir l'espace public en sécurité et en sérénité."

Ne pas se cacher

Le 31 août, la journaliste marocaine Hajar Raissouni a été arrêtée pour "avortement illégal" et "relations sexuelles hors mariage". Sur les réseaux sociaux, elle est devenue un symbole du combat pour les libertés individuelles et de la liberté d'expression. "Il y a beaucoup d'autres cas qui ne sont pas médiatiques, qu'on ne voit pas dans les journaux", alerte Leïla Slimani. Selon elle, environ 15 000 personnes sont en prison pour des relations sexuelles hors mariage ou pour adultère. Parmi les victimes collatérales, il y a aussi les enfants qui "sont pris au milieu de ces affaires absolument horribles".

Enfin, il est nécessaire, selon elle, de ne pas occulter la souffrance subie par ces femmes qui sont contraintes de faire des avortements clandestins. Pourquoi devraient-elles subir un tel sort ? 

Les femmes payent autant d'impôts que les hommes au Maroc et elles travaillent autant voire plus (…) ce sont les premières qui paient les pots cassés de ces lois.

Leïla Slimani

à Brut.

Enfin, pour Leïla Slimani, une large partie du problème réside dans le silence. "C'est d'obliger les gens à faire les choses de manière cachée, à vivre dans le mensonge et dans l'hypocrisie", conclut la lauréate du prix Goncourt.

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