VIDEO. Au Maroc, des homosexuels victimes d'une campagne de délation sur des applications de rencontres

Des centaines d'homosexuels marocains ont récemment vu leur orientation sexuelle dévoilée au grand jour. Ces révélations peuvent mettre en danger les personnes concernées, dans un pays où l'homosexualité est punie par la loi.

A l'appel d'une certaine Sofia Talouni, personnalité marocaine transexuelle, plusieurs homosexuels sont la cible depuis la mi-avril au Maroc d'une vaste campagne de délation en ligne. Cette influenceuse, suivie par plus de 500 000 personnes sur son compte Instagram, a invité ses abonnés à se créer de faux profils d'hommes sur des applications de rencontres gays, dans le seul but de révéler les noms et photos des utilisateurs réguliers. "Elle a dit : 'Avec la géolocalisation, peut-être qu'il y aura une personne [homosexuelle] à côté de vous, ça peut être votre frère, votre père, votre grand-père'", raconte à franceinfo Hicham Tahir, journaliste marocain travaillant en France. 

"J'ai dû recevoir une centaine de témoignages de gens qui ont été victimes ou témoins directs de cette campagne", confie le journaliste. "Mais il y en a sûrement eu beaucoup plus", soupire-t-il. Les informations personnelles révélées par des internautes malveillants ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux marocains, dans ce pays où l'homosexualité est punie jusqu'à trois ans de prison.

Un suicide directement lié à ces révélations

"Certains risquent de perdre leur boulot, il y a des propriétaires qui ont jeté leur locataire, détaille Hicham Tahir. En pleine période de confinement, ils ne peuvent pas être protégés." "On parle de plusieurs suicides, mais pour l'instant un seul cas a été vérifié [par un média marocaincomme étant directement lié à cette campagne", explique le journaliste, qui avait relayé le drame sur son compte Twitter.

Grindr, l'une des applications de rencontres gays les plus utilisées au Maroc, a rapidement réagi en alertant les utilisateurs au démarrage du service. "Heureusement, il y a une sorte de communauté qui s'est créée [...] et qui aide à supprimer les profils qui partagent les photos de personnes LGBT", explique Hicham Tahir, qui déplore l'inaction du gouvernement marocain. Des associations de défense des droits LGBT au Maroc estiment que des "conséquences sérieuses" de cette campagne seront à craindre lorsque le pays sortira du confinement décrété face à l'épidémie de Covid-19.

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