Philippe Pétain, maréchal de la guerre du Rif au Maroc dans les années 20

Rencontre entre Philippe Pétain (à droite) et le général Franco (au centre, le bras levé) en 1941 à Montpellier. Les deux chefs d\'Etat se sont connus lors de la guerre du Rif au Maroc.
Rencontre entre Philippe Pétain (à droite) et le général Franco (au centre, le bras levé) en 1941 à Montpellier. Les deux chefs d'Etat se sont connus lors de la guerre du Rif au Maroc. (costa/Leemage)

Les propos du président Macron ayant remis Philippe Pétain au cœur de l’actualité, il est intéressant de rappeler que le militaire de la guerre 14-18 n’a pas été en poste qu’à Verdun ou à la tête de l’Etat français avec la politique de collaboration, mais aussi lors d’une guerre méconnue en France. Il fut en effet chargé par la République de réprimer la révolte du Rif au Maroc entre 1925 et 1926.


Cette guerre coloniale méconnue, menée d'abord par l'Espagne puis ensuite par la France et l'Espagne, s'est tenue de 1921 à 1926 dans le Rif, région du Maroc bordée au Nord par la Méditerranée et à l’Est par l’Algérie.

Une partie de la région est alors sous domination espagnole, tandis que le reste du Rif est sous la responsabilité du sultan du Maroc et de fait sous administration française dans le cadre du protectorat, personnifié par Lyautey.

En 1921, l’armée espagnole fait difficilement face à une révolte des populations du Rif. Les Rifains s’organisent autour de Mohamed Abdelkrim El Khattabi, dit Abdelkrim. Les Espagnols sont rapidement défaits, enregistrant des pertes importantes, notamment lors de la bataille d'Anoual. La révolte du Rif triomphe et s'étend. Mais les Espagnols mettent les moyens pour contrer cette résistance. Ils vont jusqu'à utiliser des armes chimiques, les gaz de combat (la guerre de 14 n'est pas si loin), pour contenir l'armée d'Abdelkrim.

«J’ai désigné M.le Maréchal Pétain»
Au Sud, Lyautey et les Français voient avec inquiétude la poussée rifaine qui déborde sur les terres du protectorat. Rapidement, Paris décide d'intervenir. En 1925, le gouvernement désigne celui qui est alors le maréchal Pétain pour diriger l'opération militaire contre la révolte du Rif. Le maréchal Lyautey est plus ou moins mis sur la touche. Pétain obtient toutes les forces qu'il veut. On parle de plus de 100.000 hommes et des moyens énormes en artillerie et en aviation. Et tant pis pour tous ceux qui en France s'opposent à cette nouvelle guerre quelques années après la fin (officielle) de la boucherie de 14-18. 

Dans un excellent livre consacré à cette guerre du Rif, Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié (le livre vient de ressortir en collection de poche Texto) insistent sur le rôle de Pétain dans la reprise en main du Rif. «J’ai désigné M.le Maréchal Pétain pour procéder sur place et de toute urgence à l’examen de la situation générale et militaire du Maroc et pour prendre (…) les décisions qui lui paraîtront s’imposer touchant le commandement, l’organisation et la mission des troupes», écrit Painlevé au nom du Cartel des gauches au pouvoir.

Pétain s'associe avec les Espagnols, passés sous la coupe de la dictature de Primo de Rivera, pour mener l'offensive. Les Espagnols ont a la tête de leurs forces un certain... Franco. 

Image de la guerre du Rif. Les armées française et espagnole ont déployé d\'importantes forces et du matériel moderne (artillerie, aviation) pour venir à bout de la rébellion.
Image de la guerre du Rif. Les armées française et espagnole ont déployé d'importantes forces et du matériel moderne (artillerie, aviation) pour venir à bout de la rébellion. (Photo12)

«Pétain l'éradicateur»
C’est lors de cette campagne au Maroc que Pétain noue des liens avec l’Espagne. «Franco et Pétain se retrouvent pour la première fois à Ceuta, à l’occasion de la rencontre entre le dictateur espagnol Miguel Primo de Rivera et le général Pétain, chef des opérations militaires contre Abdelkrim. Franco participe à l’opération militaire conjointe franco-espagnole à Al-Hocéima. Le 8 septembre 1925, le colonel Franco participe avec l’avant-garde au débarquement sur la plage de la "Cebadilla" dans la baie de Al-Hocéima. Le 6 février 1926, Pétain signe à Madrid le traité militaire franco-espagnol contre les rebelles du Rif. La même année à l’Alcazar de Tolède, Alfonso XIII honore Pétain de la Grande Croix du Mérite Militaire. Franco est présent», peut-on lire sur un site de l'association des professeurs d'Histoire.

Pétain veut la défaite des rebelles et multiplie les obstacles à toute négociation. Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié le qualifient successivement de «nettoyeur», de «partisan de la manière forte, de la politique du marteau», de «Pétain l'éradicateur»... Paris tergiverse cependant entre répression totale et dialogue. La manière forte s'impose. Face à une telle puissance, Abdelkrim est finalement vaincu, mais il peut néanmoins se rendre et il est condamné à l'exil. La guerre a fait des dizaines de milliers de victimes dans la population du Rif.

Pour Pétain, les relations avec l'Espagne ne sont pas finies. Le 2 mars 1939, il est nommé ambassadeur de France en Espagne. Le 20 mars 1939, il présente ses lettres de créance au général Franco, vainqueur de la guerre civile et devenu chef de l’Etat espagnol, résidant alors à Burgos.

La suite est plus connue. Le 17 mai 1940, une semaine après l'offensive allemande, Pétain, alors âgé de 84 ans, est nommé vice-président du Conseil dans le gouvernement de Paul Reynaud. Le 16 juin, il devient président du conseil. Il demande l’armistice le 17. Et le 10 juillet, le maréchal installe l’Etat français, qui remplace la République française. Il promulgue en octobre 1940 le statut des juifs avant de rencontrer Hitler à Monthoire signant la politique de collaboration.

Après la guerre, il est reconnu coupable d’indignité nationale et il perd son rang et ses titres. Philippe Pétain meurt en 1951 à l’île d’Yeu, où il purge sa condamnation à vie, De Gaulle ayant commué sa peine de mort.
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