Maroc: le vin se vend bien, malgré les interdits

Des vendangeuses marocaines cueillent des grappes de raisin au domaine Maison Rouge à Had Brachoua (70 km au sud de Rabat) le 14-9-2009.
Des vendangeuses marocaines cueillent des grappes de raisin au domaine Maison Rouge à Had Brachoua (70 km au sud de Rabat) le 14-9-2009. (AFP - Abdelhak Senna)

Dans le Maghreb, la présence de la vigne remonte à la plus haute Antiquité. Aujourd’hui, les trois pays de la région, Algérie, Maroc et Tunisie, continuent à produire le breuvage de Bacchus. Dans le Royaume chérifien, la production de vins de qualité augmente, comme la consommation. Malgré les interdits liés à l'islam.

«Le Maroc produit aujourd'hui de bons vins, essentiellement pour le marché intérieur, mais une partie de cette production est destinée à l'export, en France notamment», explique l’œnologue français Stéphane Mariot, responsable du domaine Oulad Thaleb, propriété de 2000 hectares, à 30 km au nord-est de Casablanca. «Ici, il y a un microclimat qui favorise la production de ‘‘vins chauds’’, même si on n'est pas loin de l'océan», ajoute-t-il.
 
A ce jour, près de 400.000 hectolitres de vin, dont plus de 50% de qualité supérieure, sont produits chaque année au Maroc, et l'écrasante majorité (environ 85%) est consommée localement. Certaines méchantes langues affirment que le meilleur de la production est exporté…

Plus de 40 millions de bouteilles par an, le Maroc est même parmi les grands producteurs de la région. Cette production est comparable à celle de son voisin algérien (environ 500.000 hectolitres par an).

Boulaouane, Benslimane, Berkane, Guerrouane... En tout, le Maroc compte désormais 14 Appellations d'origine garantie (AOG), cultivées essentiellement dans l'arrière-pays de Casablanca (nord-est) et vers Meknès (centre). Le Royaume chérifien possède aussi une Appellation d'origine contrôlée (AOC), les Côteaux de l'Atlas. En mars 2012, une Association des sommeliers du Maroc a même vu le jour à Marrakech. Elle regroupe une vingtaine de professionnels.

S'agissant des cépages, ils sont caractéristiques des principales variétés présentes autour de la Méditerranée : Grenache, Syrah, Cabernet Sauvignon, Merlot..., pour les seuls vins rouge.

Bouteilles de vin produites dans la région de Mekhnès.
Bouteilles de vin produites dans la région de Mekhnès. (AFP - Hemis.fr - Jacques Sierpinski)

Vente d’alcool en principe interdite…
Introduite il y a près de 2500 ans, la vigne marocaine a connu un pic de production au temps des protectorats français et espagnol. Le royaume a ainsi servi de refuge pour des viticulteurs touchés par le phylloxera. La production était alors destinée presque entièrement à l'export : les Marocains, musulmans, étaient peu nombreux à consommer du vin.
 
Dans les années 50, cette production a même dépassé les trois millions d'hectolitres, avant de tenter de s'orienter vers le qualitatif. Aujourd’hui, certains lui reprochent une qualité irrégulière selon les années.

A Oulad Thaleb, «la plus ancienne cave du royaume encore utilisée», «construite par une société belge en 1923», abrite justement «l'un des vins les plus appréciés» du royaume, assurent ses responsables. Un vin «viril, chaud et mûr, dont on peut être fier».  
           
L’environnement reste sensible, alors que la vente d'alcool est interdite aux musulmans par la loi marocaine depuis 1967. Dans les faits, aucune condition particulière n'est exigée par les supermarchés qui commercialisent des boissons alcoolisées. Et les bars des grandes villes du royaume font profil bas. Mais en proposent…
 
Conséquence : la viticulture est une activité économique importante… Selon des chiffres non officiels, l'activité viti-vinicole dans le royaume a généré en 2011 des recettes fiscales de plus de 128 millions d'euros. Et emploie entre 17.000 et 20.000 personnes.
 
En 2012, le gouvernement marocain, pour la première fois dirigé par des islamistes, a néanmoins décidé d'augmenter la taxe sur les boissons alcoolisées: de 450 dirhams (42 euros), celle-ci est passée à 500 dhs (49 euros) l'hectolitre. Mais cette hausse ne semble pas avoir eu d'impact marquant sur la consommation au Maroc, pays de près de 35 millions d'habitants.

 

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