Maroc : la communauté chrétienne se plaint de ne pouvoir exercer librement son culte

Cathédrale du Sacré-Cœur construite à Casablanca en 1930 par l\'architecte Paul Tournon. Cet ancien sanctuaire catholique accueille aujourd\'hui expositions et manifestations culturelles.
Cathédrale du Sacré-Cœur construite à Casablanca en 1930 par l'architecte Paul Tournon. Cet ancien sanctuaire catholique accueille aujourd'hui expositions et manifestations culturelles. (DEGAS JEAN-PIERRE / HEMIS.FR)

Alors que le pape François est attendu au Maroc le 30 mars 2019, des chrétiens du royaume ont lancé un appel aux autorités, afin qu'elles garantissent à tous la liberté de culte. Cette communauté reste ultra-minoritaire dans un pays où l'islam est la religion officielle.

Au Maroc, la Constitution de 2011 garantit la liberté de culte. Or, cette "pluralité" mise en avant, ainsi que l'image de tolérance religieuse affichée, notamment vis-à-vis des chrétiens convertis, est contredite dans les faits, d'après la Coordination des chrétiens marocains.

"Nous renouvelons l'expression de nos aspirations aux libertés de base dont nous, chrétiens marocains, sommes encore souvent privés", écrit dans un communiqué cette association, qui représente les musulmans marocains s'étant convertis au christianisme. Ces croyants sont "quelques milliers, pour la plupart protestants", selon la Coordination. De son côté, l'Observatoire des libertés religieuses estime qu'ils sont 8000 sur le territoire marocain, d'après l'AFP. 

Outre son appel au respect de la liberté de culte, la Coordination demande "aussi (aux) autorités marocaines de ne plus faire subir des pressions aux Eglises officielles du pays, dont l'Eglise catholique au Maroc, dans le but de les dissuader d'accueillir" ceux qui choisissent la voie du christianisme, poursuit-elle, à quelques jours de la visite du pape François, les 30 et 31 mars 2019. Le Saint-Père est invité par le roi et "Commandeur des Croyants" Mohammed VI. 

Ce séjour papal est "placé sous le signe du développement du dialogue inter-religieux", ont fait savoir les autorités marocaines.

Des chrétiens du Maroc en appellent au pape

L'Association marocaine de défense des droits des minorités religieuses a, quant à elle, appelé le chef de l'Etat du Vatican lui-même, "à évoquer avec les responsables marocains, certaines violations visant des chrétiens". Son communiqué fait état de cas survenus en 2018, indique l'AFP.

La Croix rapportait récemment, citant un journal marocain, que des chrétiens du Maroc s'étaient plaints à François, dans une lettre accusant le ministère de l'Intérieur de "persécuter les chrétiens" notamment en "procédant à des arrestations abusives".

Vivre sa foi chrétienne lorsqu'on est Marocain et musulman de naissance peut se révéler être un calvaire. De nombreux témoignages de convertis font état de la répression, du rejet et des insultes qu'ils subissent. Ils n'ont alors d'autre choix que de vivre leur culte dans la clandestinité

Les minorités religieuses représentent moins de 1% de la population du royaume, majoritairement musulmane sunnite de rite malékite. Le pays compte de 30 000 à 35 000 catholiques, dix fois moins qu'avant son indépendance en 1956. Il y avait 200 églises à l'époque de la colonisation française et espagnole, il en reste aujourd'hui 44, selon l'AFP. 

Deux vagues de migrants subsahariens catholiques ont permis de sauvegarder ces édifices : dans les années 90, des accords bilatéraux entre le Maroc et ses voisins africains ont permis à des étudiants d'obtenir des bourses d'études universitaires. Et, depuis une dizaine d'années, les migrants qui rêvent d'un eldorado européen fréquentent, à leur tour, les dernières églises du pays.

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