Le Maroc veut réintégrer l’Union africaine 34 ans après son départ

Ouverture du sommet de l\'UA à Kigali, 17 juillet 2016
Ouverture du sommet de l'UA à Kigali, 17 juillet 2016 (CYRIL NDEGEYA / AFP)

Le Maroc annonce son intention de réintégrer l’Union africaine, 34 ans après en avoir claqué la porte, excédé par l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Une délégation s’est rendue à Alger, officiellement pour discuter sécurité. Les chefs d'Etat africains, réunis à Kigali (Rwanda), devraient donner une suite favorable à la demande marocaine.

«Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé. Par cet acte historique et responsable de retour, le Maroc compte œuvrer au sein de l'UA en vue de transcender les divisions», a déclaré le roi Mohammed VI, cité par l’agence officielle MAP.
 
Flashback, le12 novembre 1984 : lors du 20e sommet de l’OUA à Addis Abeba, la délégation marocaine claque la porte de l’Organisation à cause de l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), devenue son 51e membre. Une reconnaissance que n’arrive toujours à digérer Mohammed VI. «La reconnaissance d'un pseudo-Etat était dure à accepter par le peuple  marocain. Ce fait accompli immoral, ce coup d'Etat contre la légalité internationale, ont amené le Royaume du Maroc à éviter la division de l'Afrique au prix d'une douloureuse décision, celle de quitter sa famille institutionnelle», dit-il, dans le message adressé au président tchadien Idriss Deby, à la tête de l’Union africaine.
 
L'indépendance de la RASD, ancienne colonie espagnole, annexée par le Maroc,  avait été proclamée par le Front Polisario (Front pour la libération du Sahara  occidental et du Rio del Oro), créé en 1973. Le Front Polisario, soutenu par l'Algérie, réclame un référendum d'autodétermination sous l’égide de l’ONU, le Maroc, lui, préfère accorder une large autonomie mais sous sa souveraineté.
 
Le chemin d’Alger
La question du Sahara occidental est un point de crispation entre l'Algérie et le Maroc et obère la construction de l'Union du Maghreb arabe (UMA), lancée depuis 1989 avec la Libye, la Mauritanie et la Tunisie.
 
Les deux voisins ont repris langue la veille du sommet africain. Le ministre marocain délégué aux Affaires étrangères, Bacer Bourita, accompagné du patron des services de renseignement, le directeur général des Etudes et de la Documentation, Yacine El Mansouri, ont été reçus à Alger. Officiellement, «l'accent a été particulièrement mis sur la sécurité régionale, notamment la lutte contre le terrorisme et le crime transnational organisé, les questions liées à la migration et la problématique du développement», selon le communiqué des services du Premier ministre.

Mohammed VI à Abidjan le 30 mai 2015
Mohammed VI à Abidjan le 30 mai 2015 (SIA KAMBOU / AFP)

Le grand rêve africain du Maroc
Investissements, forcing politique, organisation de grands sommets, tournées royales, le Maroc développe une stratégie africaine dynamique depuis quelques années. Le royaume chérifien se dote d’une politique ambitieuse pour conquérir l’Afrique. «Depuis son départ de l’OUA, le Maroc a paradoxalement renforcé ses liens avec le continent africain en privilégiant le partenariat économique et l’union économique», rappelle Le Matin du Sahara.
 
Le Maroc affirme vouloir réintégrer l’UA à «la demande de ses amis». Et ses amis sont devenus plus nombreux, depuis son départ de l’OUA. Le Madagascar, le Burundi, le Bénin, la Guinée-Bissau, le Togo, la République du Congo (RDC, l’allié de toujours de Rabat), la Guinée équatoriale, le Cap-Vert, la Zambie, Sierra Leone, le Swaziland, le Zimbabwe, le Tchad, le Burkina Faso, le Liberia, le Malawi et le Kenya) ont retiré leur reconnaissance à la RASD.

Le retour du Maroc au sein de l'organisation panafricaine doit être validé par un vote au sein de la Commission de l'UA.
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