Le Maroc soutient Juan Guaido le président autoproclamé au Venezuela

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, assiste à une conférence de presse clôturant deux jours de discussions sur le territoire contesté du Sahara occidental, le 6 décembre 2018 dans les bureaux des Nations unies à Genève.
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, assiste à une conférence de presse clôturant deux jours de discussions sur le territoire contesté du Sahara occidental, le 6 décembre 2018 dans les bureaux des Nations unies à Genève. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Une semaine après s’être autoproclamé, le 23 janvier 2019, président par intérim au Venezuela, Juan Guaido a reçu le soutien du chef de la diplomatie marocaine. Rabat attend en échange un revirement de Caracas sur la question du Sahara occidental.

En l’absence d’une position unanime du continent africain, le Maroc a exprimé unilatéralement le 29 janvier 2019 son "soutien" au président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido, a annoncé le ministère marocain des Affaires étrangères.

Lever les obstacles aux relations entre Rabat et Caracas

Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a eu un entretien téléphonique avec Juan Guaido "à la demande" de ce dernier, a tenu à préciser le communiqué de Rabat. Au cours de la conversation, il a fait part à Juan Guaido du "soutien du royaume à toutes les actions menées afin de répondre aux aspirations légitimes du peuple du Venezuela à la démocratie et au changement". Le texte du communiqué n’indique toutefois pas si Rabat a cessé de reconnaître le socialiste Nicolas Maduro comme chef de l'Etat.

De son côté, Juan Guaido a exprimé sa volonté de "relancer les relations de coopération entre le Maroc et le Venezuela et de lever les obstacles qui ont pu entraver leur évolution", conclut le communiqué. Rabat a en effet rompu les relations diplomatiques avec Caracas depuis la reconnaissance de la République sahraouie du Front Polisario par Hugo Chavez en 1982.

En avril 2017, le Maroc a dénoncé "l'oligarchie minoritaire au pouvoir" au Venezuela, en réaction à des déclarations de Nicolas Maduro devant l'ONU, qui avait parlé de "territoires occupés" à propos du Sahara occidental. Ancienne colonie espagnole, ce territoire est en grande partie sous contrôle du royaume depuis 1975. Un cessez-le-feu supervisé par une force de maintien de la paix de l'ONU (Minurso) est intervenu en 1991.

Reconsidérer la reconnaissance de la République saharaouie du Polisario

Le Polisario, qui a proclamé en 1976 une République arabe sahraouie démocratique (RASD), réclame un référendum d'autodétermination alors que Rabat propose comme solution de "compromis" une autonomie sous sa souveraineté. 

Le Venezuela a l'intention de "reconsidérer sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sous le gouvernement du président par intérim Juan Guaido", a rapporté l'agence marocaine de presse MAP, citant le conseiller aux Affaires étrangères de l'Assemblée vénézuélienne Manuel Avendano.

Le responsable vénézuélien a indiqué que le gouvernement Guaido a pour priorité de rétablir ses relations avec le Maroc, eu égard aux dénominateurs communs et à l’histoire partagée entre les deux pays, indique de son côté le site Maroc diplomatique. "Nous voulons une solution pacifique à ce différend régional. Nous soutenons toute voie qui mènera dans ce sens, dans le cadre de l’ONU", a précisé Manuel Avendano tout en réitérant le souhait du gouvernement Guaido d’établir des relations "ouvertes", "étendues" et "solides" avec le Royaume.

Une prise de taille sur l'échiquier diplomatique

Le rétablissement des relations diplomatiques mettrait fin à 37 ans de brouille et permettrait au royaume chérifien, dépendant à 90% des importations énergétiques, selon RFI, de s’appuyer sur un poids lourd pétrolier latino-américain. Une prise de taille sur l'échiquier diplomatique pour le Maroc dans le conflit qui l'oppose à son rival algérien, traditionnel allié d'Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro, commente RFI.

De retour récemment au sein de l'Union africaine, où il a accepté de siéger aux côtés de la République arabe sahraouie démocratique, le royaume espère ainsi faire pencher également la balance en sa faveur sur la question sahraouie à l'échelle du continent.

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