La démocratie locale : la réponse du Maroc aux Printemps arabes

Manifestation dans les rues de Rabat pour la journée internationale des femmes (8 mai 2014).
Manifestation dans les rues de Rabat pour la journée internationale des femmes (8 mai 2014). (AFP/ Fadel Senna)

Les Marocains viennent d’élire leurs conseillers communaux et régionaux au suffrage universel direct. La «régionalisation avancée» prévue par la nouvelle Constitution est lancée. Un scrutin qui a vu un doublement du nombre de femmes élues. Cette décentralisation doit permettre de mieux lutter contre la corruption et la mauvaise gestion locale. Un début de réponse du royaume aux printemps Arabes.


54% des électeurs marocains se sont déplacés le 4 septembre 2015 pour élire leurs conseillers municipaux et régionaux. Un taux de participation décevant, à peine supérieur à celui de juin 2009. Ces premières élections locales au suffrage direct devaient marquer une rupture avec les comportements du passé : la corruption et l’achat de votes. «La gestion désastreuse des Communes au Maroc figure parmi les principales causes d’abstention des électeurs… Les rapports de la Cour des Comptes pointent l’incompétence et la mauvaise gestion, voire la corruption de certains élus», affirme Hayat Bennani, ancienne élue communale à Ouarzazate.
 
«Ces derniers mois la route a été refaite, l’électricité est arrivée dans le village, on attendait ça depuis des années», raconte une habitante de la banlieue sud de Marrakech. Améliorer les services aux citoyens donne de bonnes chances d’être réélu, maintenant que les notables locaux ne sont plus désignés par le palais.
Elections municipales et régionales au Maroc, en septembre 2015.
Elections municipales et régionales au Maroc, en septembre 2015. (AFP/Anadolu Agency/Jalal Morchidi)

Ce pas en avant dans la démocratisation des pouvoirs locaux a profité aux islamistes du PJD (Parti pour la Justice et le Développement). Le parti du Premier ministre Abdelilah Benkirane, apprécié de la population pour son discours contre la corruption, arrive en tête dans les conseils régionaux, devant le PAM et l’Istiqlal, les deux autres grands partis politiques marocains.

Ce scrutin marque une nouvelle étape de la décentralisation du pays. Le président de la région, élu au suffrage direct, sera doté de pouvoirs et de moyens financiers élargis. Ses nouvelles prérogatives prévoient la promotion de l’économie locale et l’insertion professionnelle des jeunes.

Renforcement de la place de la femme dans la sphère politique régionale
Les femmes ont remporté dans les communes 6673 sièges (sur un total de 31.503 sièges), un chiffre encore faible, mais qui a doublé par rapport au précédent scrutin (en 2009). «La participation des femmes, un indicateur très fort du progrès démocratique du Maroc», affirme Sabra Bano en mission au Maroc pour l’Organisation Gender Concerns International. La nouvelle constitution du royaume entend améliorer la représentativité des femmes dans toutes les instances élues (locales, régionales et nationales). Un tiers des sièges dans chaque circonscription électorale est réservée aux femmes.
La Constitution prévoit également une parité homme/femme pour la «chambre des conseillers», la deuxième chambre du Parlement marocain dont l’élection est prévue le 2 octobre 2015.

Un fonds de soutien finance la formation des élues pour les préparer à la gestion de la chose publique. «L’objectif est de garantir une représentation équitable des femmes, et permettre aux conseils locaux de bénéficier de l’apport de la femme marocaine, connue pour son intégrité, son réalisme et sa fibre sociale», explique Fouad Arif sur le site officiel maroc.ma.

La participation des citoyens aux décisions locales et la reconnaissance du rôle de la société civile représentent une étape vers la démocratisation du royaume chérifien. Une voie par étapes, à pas comptés diront certains, mais un modèle scruté de près après l’échec brutal des Printemps arabes.
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